L’Afrique, un marché qui se structure. Un mois après le lancement officiel du projet de construction d’une blanchisserie hospitalière en Côte d’Ivoire selon les standards internationaux, le président de l’Association des cliniques privées de Côte d’Ivoire (ACPCI), Dr Joseph Boguifo, dans cet entretien accordé à African Laundry News (Journal Africain de la Buanderie) souligne l’importance de la réalisation d’un tel projet.

African Laundry News: Le 13 avril 2018, à la Maison de l’Entreprise à Abidjan, l’Association des cliniques privées de Côte d’Ivoire (ACPCI) signait une convention de partenariat avec African Laundry Consortium, un regroupement d’entreprises ivoirienne, française et américaine. Cette convention fut la première pierre d’une blanchisserie hospitalière respectant les normes internationales en Afrique de l’ouest. Quels sentiments dégagez-vous d’une telle opportunité au profit de vos adhérents en particulier, et de tous les établissements sanitaires en général ?

Docteur Joseph Boguifo: Cette signature de convention est très importante parce que notre organisation, qui est une organisation patronale qui regroupe les cliniques privées de Côte d’Ivoire, légalement constituées, a des objectifs. L’une de nos préoccupations, c’est de faciliter l’accès des patients aux soins. C’est pour cela que nous allons travailler sur la mutualisation de nos actions. Il est évident que lorsque chaque entreprise mène une action commerciale, cela n’a pas le même impact que lorsque nous nous mettons ensemble. Ce pourquoi, nous allons travailler à la mutualisation de nos actions de manière à pouvoir faire des économies mutuelles. Et, ce projet de construction d’une blanchisserie de la santé en Côte d’Ivoire s’inscrit dans le cadre de cette mutualisation.

– La deuxième préoccupation de notre organisation, c’est la sécurité des patients et la gestion des risques en milieu des soins. Face aux nombreuses maladies que les patients peuvent attraper au sein des hôpitaux, nous avons mené toute une série de réflexions pour pouvoir lutter conte cela. La gestion des risques en milieu de soins constitue une grande bataille. C’est pourquoi, ce projet s’inscrit dans cette logique : il faut des établissements appropriés, de manière à ne pas favoriser la dissémination des germes. Cependant, faut-il l’avouer, vous ne pouvez pas vous permettre de faire traiter du linge hospitalier dans des établissements ordinaires. Il faut des établissements appropriés, de manière à ne pas favoriser la dissémination des germes. Nous sommes conscients de tous ces risques-là. C’est pourquoi ce projet est très important parce qu’il répond à ces deux attentes de notre organisation professionnelle.

African Laundry News: Le magasine français « Entretien Textile » dans sa lettre bimensuelle n°400-142, du 17 mai 2018, titrait à sa une : « l’Afrique veut structurer sa fonction du linge ». Ce titre rapportait votre cérémonie de signature de convention, votre initiative de construction du premier pressing central hospitalier de grande capacité en Côte d’Ivoire devient un modèle pour toute l’Afrique selon le bimensuel français. Qu’est ce que cela représente pour vous d’être le fer de lance d’un tel projet en Afrique de l’ouest ?

Dr Joseph Boguifo:Nous sommes flattés de savoir que notre signature de convention a été publiée par cet organe de presse française. Et là aussi, nous nous inscrivons toujours dans la logique de notre organisation patronale. Notre pays a décidé d’être un pays émergent à l’horizon 2020. Cette émergence a ces exigences. Effectivement, si nous voulons être un hub de la santé en 2020, il faut que nous soyons capables de nous hisser au diapason des normes internationales en matière de santé. C’est-à-dire de faire de notre pays une destination d’attraction en matière de santé. Nous avons également la mission de partage dans la zone régionale. Cette ambition est légitime à cause de notre histoire et de la position que nous occupons dans la sous-région, en matière de santé. Nous estimons que si nous nous battons pour être un hub de la santé, nous contribuons à la santé de nos populations, à l’accessibilité des soins de nos populations, non seulement en Côte d’Ivoire mais dans la sous-région.

African Laundry News: Pensez-vous que ce soit un projet si facile à réaliser ?

Dr Joseph Boguifo: Pour nous, organisation patronale, c’est un projet qui est largement réalisable, pourquoi ? La première des choses, c’est qu’il y a une prise de conscience des premières personnes concernées. Aujourd’hui, nos cliniques sont beaucoup sollictées. Nous travaillons aussi sur le linge jetable. Vous savez que de plus en plus, il y a le linge jetable au niveau des blocs opératoires, etc…

C’est réalisable parce que nos responsables et directeurs des cliniques ont pris conscience et s’inscrivent dans cette logique. C’est réalisable parce que nous sommes ouverts à toute sorte de discussion et nous travaillons avec l’Etat lui-même, de manière à ce que dans un cadre de partenariat public-privé nous puissions collaborer. Les études de fond ont été menées de manière à ce que nous puissions respecter les délais requis pour démarrer ce projet.

African Laundry News: Vous avez employé le terme de linge jetable dans un cadre hospitalier, pour le citoyen lambda, qu’est-ce que le linge jetable?

Dr Joseph Boguifo: Vous entrez dans un bloc opératoire, vous devez opérer un malade, vous le couchez sur la table opératoire. Vous allez fermer toute la partie du corps du malade et ne laisser exposer uniquement que la zone où vous allez faire votre intervention chirurgicale. Avant on y mettait du linge tissu et après ce linge tissu était lavé, stérilisé, et réutilisé. Maintenant, on utilise du linge jetable. Lorsqu’on a fini tout ce qui a servi à opérer le malade, parfois jusqu’à la tenue portée par le chirurgien, tout cela est enlevé et jeté à la poubelle. Ce n’est pas du gaspillage, la santé n’a pas de prix. Il faut toujours prioriser la qualité des soins, la sécurité des patients.

African Laundry News: La Côte d’Ivoire regorge plusieurs cliniques privées, établissements sanitaires publics sur toute l’étendue du territoire national. Avez-vous eu une réflexion sur l’installation de plusieurs unités de traitement aseptique de linge hospitalier dans les différentes régions de la Côte D’Ivoire, à moyen et long terme?

Dr Joseph Boguifo: Nous avons fait deux sortes d’études sur le traitement des déchets biomédicaux. Vous savez les hôpitaux traitent, sinon génèrent des quantités énormes de déchets.

African Laundry News:Quand on vous a fait une injection chirurgicale, le matériel qu’on utilise, on le jette. Quand on a mis de la compresse partout pour aspirer le sang du malade, le déchet qu’on recueille, on le jette où ?

Dr Joseph Boguifo: On ne peut pas se permettre de laisser ces éléments en contact avec les malades, c’est pour cela qu’il faut des centres de traitements des déchets biomédicaux. Il y a des cliniques qui ont des centres de traitements des déchets biomédicaux, mais nous travaillons de manière à ce que la plupart de nos cliniques ait un centre de traitement des déchets biomédicaux. Et nous allons mutualiser le traitement des déchets comme nous mutualisons aussi le traitement du linge. Pour revenir à votre question, nous avons des structures à l’intérieur du pays qui se débrouillent comme elles peuvent pour traiter leur linge. Mais, si la Côte d’Ivoire doit faire l’objet d’un contrôle par une organisation internationale pour voir si véritablement nous répondons aux normes internationales, le constat, c’est qu’aujourd’hui, les gens font ce qu’ils peuvent avec des moyens de bord. Est ce là une solution durable ? Il faut que nous trouvions la solution optimale pour nos patients. De sorte qu’on puisse dire que nous en tant qu’organisation patronale, nous nous sommes assuré que les instituts qui sont membres de notre organisation répondent à un certain nombre de critères que nous avons mis en place. Nous allons travailler et faire en sorte que progressivement cela se généralise. Et que toutes les structures viennent laver leur linge, là où il faut. C’est tout à fait normal que lorsque les conditions n’existent pas, tout le monde se débrouille.

Mais lorsque les conditions existent, vous n’avez plus le droit. Chez nous, en matière de santé, le médecin a une obligation de moyen et non pas une obligation de résultat. Vous ne pouvez pas dire que comme je n’avais pas le matériel alors je n’ai pas fais ça. Oui, le matériel existe à tel endroit, vous le savez. Pourquoi n’avez-vous pas pris de disposition pour sécuriser vos matériels de manière à éviter l’infection au malade ? Nous allons mettre en place notre pressing hospitalier, c’est une étape. L’autre étape sera de sensibiliser. Notre objectif, à terme, c’est de faire en sorte que toutes les structures sans exception, viennent traiter leur linge là, en respectant les règles internationales.

 

African Laundry News: Face à l’enjeu lié au risque infectieux élevé dû à l’insuffisance de l’hygiène du linge en milieu hospitalier, pensez-vous que l’Etat de Côte d’Ivoire, à travers le Ministère de la Santé, parrain de votre cérémonie de signature de convention, ordonnera à toutes les structures sanitaires publiques de faire traiter leur linge dans votre blanchisserie hospitalière ? Etant donné que celle-ci respecte les normes d’hygiène internationale et a une capacité de production journalière de 20 tonnes…

 

Dr Joseph Boguifo: Nous nous réjouissons de la collaboration avec le secteur public. Nous avons le même langage avec la Ministre de la Santé : il n’y pas deux système de santé dans un pays. Il n’y a pas un système de santé publique et un système de santé privé. Il y’a des ivoiriens à soigner. Nous devons par conséquent unir nos forces pour apporter toutes nos capacités aux ivoiriens pour des soins de qualité. Nous avons une très bonne collaboration avec le Ministère de la Santé. Aujourd’hui, nous avons signé, nous participons avec le Ministère de la Santé aux programmes de lutte contre le sida, contre la tuberculose et contre le paludisme. Donc, réfléchissons ensemble sur l’amélioration du système de santé. Nous allons voir avec le ministre comment favoriser au besoin, l’accès de ces structures aux hôpitaux publics ? Cela demandera bien-sur des questions particulières, des conditions particulières ; Nous allons réfléchir à toutes ces choses-là. Le Ministère nous a fait savoir qu’il aura un regard sur cet outil (blanchisserie hospitalière) que nous mettons en place et pour juger de sa fiabilité. Ensuite, nous verrons comment finaliser les démarches avec notre tutelle pour ouvrir notre espace au secteur public.

Nous le faisons avec le consortium en qui nous avons fortement confiance. Les membres du consortium nous ont prouvé toute l’expertise qu’ils ont, en la matière et nous savons qu’avec eux nous allons mettre en place un pressing hospitalier de grande compétence. Avec le consortium, on s’est donné 06 mois pour commencer et finir toutes les grandes études. Nous avons déjà commencé à travailler sur le terrain. Nous avons un chronogramme qui est déjà validé. Nous ferons en sorte de suivre ce chronogramme et nous y travaillons. Pour le moment, nous sommes au laboratoire, après six mois, ça devrait aller. Les parties concernées sont toutes motivées. Il n’y a pas de raison que ça ne marche pas.

Abidjan.net

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