Au Maroc, la toile relaie depuis une dizaine de jours un appel au boycott de produits de grande consommation. Le mot d’ordre de cet appel dénonce la cherté de la vie, le monopole exercé par certaines entreprises, et exige des industriels visés qu’ils révisent à la baisse leurs tarifs. L’ampleur de la mobilisation sur les réseaux sociaux a poussé la classe politique à réagir publiquement.

De notre correspondante au Maroc,

Difficile de dire avec précision qui a lancé ces appels au boycott. Deux pages Facebook administrées de manière anonyme ont lancée successivement cet appel le 20 avril dernier. Par la suite une dizaine de pages Facebook, suivies par des centaines de milliers de personnes, ont massivement relayé le message et les internautes sont nombreux à partager un photomontage des trois marques frappées d’une croix, accompagné du slogan « nous boycottons ».Le mouvement concerne une enseigne de station-service, la filiale d’une grande firme laitière et le principal groupe marocain d’eaux minérales.

Relations obscures entre pouvoir et affaires

L’appel vise ainsi des poids lourds agro-alimentaire marocaines ; ces trois entreprises sont détenues des dirigeants influents du monde économique et politiques pour certains. La dirigeante de la société d’eau minérale Meryem Bensalah est à la tête du syndicat patronal marocain, le holding détenant les stations-services est détenu par Aziz Akhannouch, puissant homme d’affaires également ministre de l’Agriculture. Sur Twitter, on peut lire que ce mouvement « cible la liaison incestueuse et rentière entre pouvoir et affaires au Maroc ». En ce qui concerne le lait, la situation de monopole de la filiale marocaine d’une firme laitière (centrale Danone) a été régulièrement dénoncée pour la situation de monopole qu’elle détient de fait, auprès des petits producteurs

Aujourd’hui, l’impact est difficilement quantifiable. On rapporte des refus de livraison de bouteille d’eau par les cafetiers faute de clients. Sur Twitter, le site d’informations telquel.ma a posté une photo d’un rayon laitier de supermarché de Casablanca où ne restaient que les produits de la marque boycottée, estimant que « la campagne battait son plein » dans la capitale économique. Quelques jours plus tôt, le ministre de l’Economie Mohamed Boussaïd a vertement fustigé l’action de « jeunes écervelés », tandis que le ministre de l’Agriculture a mis en garde contre le risque de ralentissement du secteur laitier.

L’enjeu du ramadan

Il faut rappeler que nous sommes à moins de trois semaines du mois de ramadan, et comme chaque année, les prix à la consommation augmentent de manière exponentielle. Plus généralement, le coût de la vie au Maroc a effectivement augmenté. Depuis quelques années, les pouvoirs publics libéralisent ou prévoient de libéraliser progressivement un certain nombre de produits de première nécessité : l’essence, l’huile, le sucre.

Enfin, le Maroc est traversé depuis plus d’un an par des mouvements de contestation sociale dans les nord-est du pays (Al Hoceïma, Jerada) et l’extrême-Sud (Zagora). Il s’agit de protester d’une autre manière contre l’augmentation du niveau de vie. D’ailleurs l’un des messages d’appel au boycott affirmait qu’il « valait mieux boycotter que de manifester ». Les instigateurs de cette campagne, assurent que d’autres groupes seront visés tour à tour pour obtenir une baisse générale des tarifs.

RFI

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