Affaire Skripal: impossible de prouver la «source exacte» de l’agent innervant

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Le jeu de dupes continue entre Londres et Moscou. Accusée par le Royaume-Uni d’avoir tenté d’assassiner l’ancien agent double Sergueï Skripal en Angleterre à l’aide d’un agent neurotoxique, la Russie va pouvoir insister sur le fait qu’il s’agit d’un fait tout simplement impossible à prouver, ce mercredi 4 avril 2018 lors d’une réunion de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques – qu’elle a sollicitée. D’autant que le laboratoire qui a analysé la substance incriminée le reconnaît.

Le laboratoire militaire britannique de Porton Down a analysé la substance utilisée le 4 mars dernier à Salisbury, en Angleterre, pour empoisonner l’ex-agent double russe Sergueï Skripal, 66 ans, ainsi que sa fille Ioulia, 33 ans. Tous deux demeuraient hospitalisés en début de cette semaine, en marge d’une affaire qui a débouché sur une très grave crise diplomatique Est-Ouest.

« Nous avons été capables d’identifier qu’il s’agissait du Novitchok, d’identifier que c’était un agent innervant de type militaire », a déclaré mardi le chef du laboratoire, Gary Aitkenhead, dans un entretien avec Sky News. Mais « nous n’avons pas identifié sa source exacte », a-t-il reconnu.

Selon lui, la fabrication a nécessité « des méthodes extrêmement complexes, quelque chose seulement faisable par un acteur étatique ». En revanche, pour parvenir à ses propres conclusions, le gouvernement britannique a utilisé, dit-t-il, « un certain nombre d’autres sources ». Londres a confirmé dans la foulée qu’il ne s’agissait là que d’une « partie du renseignement » à sa disposition.

Londres s’est fait son intime conviction

« Nous savons que la Russie a cherché, pendant la dernière décennie, des moyens de produire des agents neurotoxiques à des fins d’assassinat, et a produit et stocké de petites quantités de Novitchok », rappelle dans un communiqué un porte-parole de l’exécutif britannique, convaincu de la culpabilité des Russes dans l’affaire Skripal malgré les vigoureux démentis de ces derniers.

Evoquant des « assassinats parrainés par l’Etat russe », il dit que les anciens espions de Moscou constituent des « cibles » privilégiées du Kremlin. Quelques jours après le 4 mars, la Première ministre britannique avait elle-même déclaré qu’une intervention russe était à ses yeux « la seule explication plausible ».

Moscou, qui dément catégoriquement, aura beau jeu de s’appuyer les déclarations de M. Aitkenhead, ce mercredi à La Haye lors d’une réunion de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). « Selon des experts internationaux, de telles substances neuroparalysantes peuvent être fabriquées dans une vingtaine de pays du monde », a récemment déclaré Vladimir Poutine.

Moscou entend démonter les accusations

Le président russe, qui dénonce une « campagne » contre son pays, espère que la réunion du jour aux Pays-Bas, sollicitée par Moscou, « permettra de mettre le point final » aux accusations du Royaume-Uni. La Russie entend soulever à cette occasion « les allégations de non-respect de la Convention par un Etat partie contre un autre Etat partie concernant l’incident de Salisbury ».

Et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov de contre-attaquer, lançant lundi que le Royaume-Uni pourrait tout à fait être derrière l’empoisonnement lui-même, y voyant par exemple un « intérêt », à savoir montrant les muscles sur la scène internationale pour détourner l’attention des électeurs des difficiles négociations en cours autour de sa sortie de l’UE…

Aux yeux du ministère britannique des Affaires étrangères, la réunion demandée par la Russie à l’OIAC constitue « une nouvelle tactique de diversion, destinée à saper le travail » de l’institution. Les autorités britanniques rappellent qu’elles avaient elles-mêmes saisi l’OIAC pour vérifier leurs propres analyses.

La Russie s’interroge aussi sur la France

Londres rappelle que les experts de l’OIAC se sont rendus sur son sol pour obtenir des échantillons de la substance utilisée contre l’ancien colonel du GRU, condamné pour « haute trahison » en Russie par le passé et installé en Angleterre depuis un échange d’espions en 2010. Ces échantillons doivent désormais être analysés dans des laboratoires internationaux indépendants.

De son côté, la Russie s’interroge au passage sur le rôle de la France, demandant au Quai d’Orsay à travers une liste de dix questions pourquoi « la France a été invitée à la coopération technique dans l’enquête » menée au Royaume-Uni. Paris n’a ni confirmé, ni infirmé quoi que ce soit, indiquant seulement être « étroitement informé » de l’avancement de l’enquête technique britannique.

RFI

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