Côte d’Ivoire : petites piques assassines et attaques frontales massives entre PDCI et RDR

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Le ton est monté d’un cran, ce week-end, entre alliés du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle), à l’approche des premières élections sénatoriales de la Côte d’Ivoire post-indépendance.

Les hostilités ont été ouvertes, samedi à Yamoussoukro par Jean-Louis Billon, porte-parole du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, membre de la mouvance présidentielle), lors d’une cérémonie destinée à rendre hommage au président du parti, Henri Konan Bédié. L’ancien ministre du Commerce, proche de Bédié a martelé, au grand bonheur de milliers de partisans de son parti, que « Sans le PDCI, le RHDP n’est rien. Sans le PDCI, il n’y a pas de RHDP ».

Attaques et contre-attaques

Autre proche collaborateur de Bédié, autre pique assassine, lors de la même cérémonie. Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif du PDCI, numéro deux du parti, faisant allusion au Rassemblement des républicains (RDR, parti d’Alassane Ouattara) accuse : « Aujourd’hui on peut avoir des doutes, les gens peuvent nous enlever les PCA [présidence de Conseil d’administration, NDLR], ils peuvent nous enlever les directeurs généraux, ils peuvent nous enlever tout. Suivons notre route, en avant pour 2020 pour cent présidents de conseils d’administration, mille ministres, quatre-vingt-dix directeurs généraux ! »

Jean-Louis Billon est un petit politicien, un politicien de salon

La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Réunis à Abidjan, le lendemain, à l’occasion d’une cérémonie dédiée aux femmes, des responsables du RDR sont montés au créneau, privilégiant les attaques personnelles. « Jean-Louis Billon est un petit politicien, un politicien de salon. Il peut continuer à aller jouer au bowling à l’hôtel », a lancé l’ancien ministre Adama Bictogo, vice-président du parti. Ajoutant, concernant le numéro deux du PDCI, qu’il était « un homme du passé, un irresponsable qui ne mérite pas de diriger ».

Kandia Camara, secrétaire générale du RDR, enfonçant le clou, a fait savoir que le porte-parole du PDCI, déchu de son poste de président du conseil régional du Hambol (nord) est « un aigri », qui « fait de la politique alimentaire ».



Deux idéologies qui s’opposent

Pour le politologue Sylvain N’Guessan, cette passe d’armes verbales entre alliés, est l’un des signes visibles de « la bataille en vue du contrôle, de la gestion de l’exécutif en 2020. En toile de fonds, deux idéologies qui s’opposent. Au PDCI, une certaine tendance souverainiste estime qu’il faut « préserver certains impératifs stratégiques ». En face, au RDR, une idéologie de type mercantiliste voudrait que tout ce qui compte revienne uniquement au RDR. Impossible donc pour ces deux idéologies de parler d’alternance, en 2020 ».

Pour lui, les deux partis sont allés si loin dans la violence verbale que d’un côté, « le RDR tentera d’imposer le parti unifié [projet politique majeur de Ouattara, NDLR] et devrait avoir avec lui une frange des cadres du PDCI » et de l’autre « Le PDCI [qui] perdra des cadres, mais sans imploser ». En attendant, les deux principaux partis du RHDP se sont entendus pour présenter des listes communes, avec l’Union pour la démocratie et la paix (UDPCI de l’ancien ministre Albert Toikeusse Mabri) aux futures sénatoriales, pour le compte de la mouvance présidentielle.

Une bataille du chaud et du froid à laquelle les deux partis politiques se livrent depuis plusieurs mois, au gré des relations tantôt tendues, tantôt apaisées, entre Bédié et Ouattara et qui commence à ne plus surprendre les Ivoiriens.

Par jeuneafrique

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