La Soc Gen ose la reconnaissance biométrique faciale pour ouvrir un compte

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La Société Générale propose une solution innovante d’authentification par biométrie faciale, qui respecte à la fois les règles anti-fraude et la protection des données personnelles, validée par la CNIL. La banque a recours à la technologie du français Idemia, utilisée pour le passage aux frontières.

Un simple selfie pour ouvrir son premier compte bancaire, à distance, sans se rendre en agence ? La proposition a de quoi séduire la génération née à l’ère du numérique et qui ne se sépare jamais de son smartphone. La Société Générale a dévoilé ce jeudi une nouvelle solution innovante d’authentification par biométrie faciale pour ouvrir un compte, « une première technologique et réglementaire » a mis en avant son partenaire Idemia (né de la fusion d’Oberthur Technologies et de Morpho, ex-Safran Identity & Security).

« C’est la première fois en France qu’une banque permet l’ouverture d’un compte à distance sans versement obligatoire en utilisant la reconnaissance biométrique faciale par selfie dynamique pour identifier le futur client » se félicite la banque.

La Société Générale est en effet la première banque en France à obtenir l’accord de la CNIL pour déployer cette technologie dans le respect de la protection des données personnelles : la banque et son partenaire ont pris un certain nombre d’engagements.

Ainsi, « les photographies, les pièces d’identité et les données biométriques sont supprimées automatiquement des serveurs du prestataire intervenant dans le cadre de ce dispositif, dès la clôture de la comparaison biométrique, une fois que le fichier de preuve est transmis à la Société Générale » comme il est indiqué dans la décision  de la CNIL.

La banque s’engage à ne réaliser aucune comparaison biométrique en dehors de ce processus d’entrée en relation. Et si le prospect décide d’interrompre le processus, les données sont purgées.

Comment ça marche ?

Le futur client, qui a choisi son offre et son agence au préalable en ligne ou sur l’appli, doit d’abord envoyer ses justificatifs et pièces d’identité, photographiés ou scannés, qui sont contrôlés en temps réel par les algorithmes d’Idemia qui fournissent un score de vraisemblance.

SG Soc Gen selfie ouverture

Il prend ensuite un « selfie dynamique », un autoportrait sous différents angles, en bougeant la tête afin de prouver qu’il ne s’agit pas d’une photo, ce qui permet de capter les données biométriques en 3D. La comparaison avec la photo de la pièce d’identité permet d’établir un score de probabilité de correspondance.

L’opération prend une dizaine de minutes et se poursuit, dans la foulée ou lors d’un rendez-vous programmé, par un tchat vidéo avec un « vrai » conseiller d’une des plateformes de relation client de la Société Générale, à Lyon ou à Marseille, au cours duquel est réalisée une deuxième vérification biométrique. Après les vérifications habituelles (interrogations des bases de données Banque de France), le contrat est envoyé et peut être signé à distance électroniquement. Le client a accès à son Iban sous 24 heures.

Des startups comme les néobanques N26 en Allemagne et Atom Bank au Royaume-Uni  proposent l’ouverture de compte en visio, avec un selfie, mais il ne s’agit pas de contrôle biométrique : « l’œil humain n’est pas le plus exercé pour effectuer ce type de contrôle » a objecté Bertrand Cozzarolo, le directeur adjoint clients, distribution, marketing de la SG en France. Les performances de cette opération d’authentification par biométrie faciale seraient 10 fois supérieures aux capacités de reconnaissance humaine

« C’est une technologie éprouvée, la même est utilisée pour le passage aux frontières, nous travaillons pour le FBI aux États-Unis » a fait valoir Mehdi Elhaoussine, responsable des institutions financières chez Idemia.

Ses algorithmes de reconnaissance faciale sont reconnus mondialement : Idemia fait valoir qu’il « occupe la première place du Face Recognition Vendor Test selon le NIST » l’Institut national des normes et de la technologie, agence américaine en charge d’établir les standards avec l’industrie.

L’ex-OT-Morpho est un partenaire de longue date de la banque, avec lequel elle a lancé la carte bancaire à code cryptodynamique  (renouvelé chaque heure sur un mini écran au dos de la carte), qui a rencontré un vif succès : payante, elle a été écoulée à 300.000 exemplaires depuis son lancement en un an.

Digitalisation du parcours client

Cette identification biométrique en temps réel remplace le premier versement, exigé traditionnellement pour toute ouverture de compte à distance. Le Code monétaire et financier impose en effet aux établissements de crédit au moins deux mesures de vigilance complémentaires lorsque l’ouverture de compte n’a pas lieu en agence : une pièce justificative supplémentaire, une vérification de la copie du document officiel par un tiers indépendant ou bien un premier paiement. Ce qui suppose d’avoir déjà un compte bancaire. Un casse-tête pour un jeune procédant à sa première ouverture de compte.

« La moitié des personnes qui poussait la porte digitale de la banque ne pouvait aller au bout de la démarche, car il faut déjà un compte », a observé Bertrand Cozzarolo.

La nouvelle solution vise en particulier cette clientèle des jeunes, mais pas seulement – il faut être majeur et résident, titulaire d’un titre de séjour. La Société Générale, certes première banque des étudiants, perd des clients en net sur le marché des particuliers (tandis que sa filiale en ligne Boursorama a augmenté de 30% sa base de clients l’an dernier), comme la plupart des grandes banques commerciales. Ce lancement ne concerne que la banque de détail de la Société Générale en France, Boursorama, qui réalise toutes ses ouvertures de compte à distance, demande un premier virement.

« En lançant la biométrie faciale, on se rend plus conquérant. Dans un monde ouvert, la mobilité bancaire est une donnée, il faut s’adapter, anticiper, être agile » a plaidé Laurent Goutard, le directeur de la banque de détail en France.

Cette authentification à distance participe aussi de sa démarche de digitalisation croissante des parcours clients : la banque va fermer une centaine d’agences cette année (le réseau sera ramené à 1.700 en 2020) et n’aura bientôt plus de service de caisse dans ses agences. La banque espère ainsi initier 30% des ouvertures de comptes en ligne d’ici à 2020 contre 10% actuellement.

Selon une enquête réalisée par Ispos pour la banque en janvier, 51% des Français  jugent « utile » la technologie de reconnaissance faciale (moins que l’empreinte digitale, 71%), même s’ils sont conscients des dérives possibles et sont 43% à la juger intrusive.

Latribune.fr

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