Les parents indiens continuent de préférer les garçons et c’est un problème

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Les inégalités entre hommes et femmes sont toujours flagrantes en Inde, et frappent les individus avant même la naissance. Une ­ note gouvernementale vient en effet de révéler que la préférence des familles pour les garçons continue à pousser les familles à avorter de fœtus féminins. Plus de 2 millions de filles manquent chaque année à l’appel, alerte ce rapport. Et pour celles qui naissent, les discriminations se poursuivent dans de nombreux domaines.

De notre correspondant à New Delhi,

Ce déséquilibre dans les naissances est très préoccupant. En effet, il naît en Inde moins de neuf filles pour dix garçons, alors que, naturellement, la situation est la quasi-égalité entre les deux sexes. Cela est dû au désir traditionnel des familles d’avoir des garçons, car ceux-ci sont considérés comme les garants de l’héritage familial et ceux qui s’occuperont des parents âgés.

A l’inverse, une fille est perçue comme une charge. Il faudra payer une dot quand elle va se marier, et elle partira ensuite dans le foyer de son mari. Les parents craignent qu’elle ne puisse plus s’occuper d’eux quand ils seront âgés. Tous ces préjugés pèsent énormément sur les femmes, qui sont contraintes d’avorter de ces fœtus féminins.

Des lois existent cependant depuis longtemps pour empêcher cela

Une loi spécifique de 1994 interdit à un médecin de révéler le sexe du fœtus à la famille, et les échographies sont réservées aux cas problématiques après le deuxième mois de la grossesse. Tout médecin qui viole ces dispositions encourt une peine de prison.

Les plus pauvres, qui n’ont pas les moyens d’enfreindre la loi, font davantage d’enfants, jusqu’à ce qu’ils aient un garçon. Cela fait que, selon cette étude gouvernementale, 21 millions de filles sont nées non désirées ces dernières années. Celles-ci sont ainsi moins bien nourries, les parents les envoient rarement à l’école secondaire, ce qui les prive de tout avenir.

Et ces pratiques coutumières ne disparaissent pas avec l’enrichissement des foyers. Au contraire, les plus riches ont en fait plus de moyens pour corrompre les médecins et réaliser ces avortements clandestins.

Les régions fortunées et très patriarcales du nord du pays, comme l’Haryana ou New Delhi, enregistrent les plus bas taux de naissances de filles dans le pays : environ 87 filles pour 100 garçons. Ce qui pose aujourd’hui de graves problèmes, car les jeunes hommes ne trouvent plus d’épouses et sont obligés de les faire venir du sud du pays, où cette pratique est bien moins répandue.

Quelles initiatives mises en place pour renverser cette tendance ?

Un important programme gouvernemental a été lancé il y a trois ans, dans le but d’aider les familles qui ont des filles. Ces foyers peuvent ainsi ouvrir des comptes d’épargne au nom de leur enfant, avec des intérêts plus intéressants ; les responsables des écoles sont récompensés si toutes les filles arrivent jusqu’en classe de secondaire.

Enfin, les administrations locales doivent s’assurer que les cliniques ne réalisent pas d’échographies et d’avortements illégaux. Certaines zones ont bénéficié de ces mesures, mais dans les parties rurales et patriarcales du nord du pays, cette question n’est pas du tout prioritaire pour la population et donc les élus. Par conséquent, ces derniers n’utilisent pas les fonds attribués ou les détournent de manière suspecte.

RFI

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