Pour lutter contre la pollution de l’air, Delhi teste le brumisateur géant

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Les autorités municipales ont eu recours, mercredi, à un « canon anti-smog » pour tenter de faire tomber les particules fines qui empoisonnent la capitale.

Les habitants de Delhi ont d’abord cru à un canular. Les autorités de la ville ont testé, mercredi 20 décembre, un brumisateur géant pour faire tomber les particules fines qui empoisonnent l’air. Le « canon anti-smog » est composé d’un énorme cylindre raccordé à un réservoir d’eau, posé sur une remorque, capable de pulvériser 100 litres de fines gouttelettes par minute grâce à un puissant ventilateur. La machine est déjà utilisée dans les cimenteries et les exploitations minières, ce qui donne une idée du niveau de la pollution de l’air de Delhi. « C’est une solution quand vous êtes complètement désespéré », a reconnu, au cours d’une conférence de presse, Vimal Saini, de CloudTech, l’entreprise qui fabrique l’engin. De fait, la formule résume bien l’état d’esprit des habitants qui souffrent d’une pollution élevée, alors que les autorités peinent à prendre des mesures pour la combattre.

En cette saison hivernale, les concentrations en particules fines dépassent de 10 à 30 fois les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, et les études se succèdent pour avertir des dangers de la pollution de l’air sur la santé. Fin novembre, le Centre pour la science et l’environnement, basé à Delhi, a constaté dans un rapport que le tiers des enfants de la capitale avaient des poumons endommagés et que la pollution augmentait les risques de démence et de maladie d’Alzheimer. Selon l’Unicef, elle aurait également un impact sur le développement cérébral des enfants.

Cet air dégradé a entraîné 525 000 morts prématurées en Inde en 2015, soit le quart du total mondial, selon une étude publiée par la revue The Lancet en octobre. Cette pollution était auparavant cantonnée dans les foyers qui utilisent du bois ou du charbon pour la cuisson et le chauffage. Elle s’est propagée dans l’atmosphère à cause de la circulation automobile, des incinérations de déchets à ciel ouvert, des cultures sur brûlis ou des fumées dégagées par les briqueteries et les usines. Delhi n’est pas la seule ville touchée. Le nuage toxique s’étend dans le nord de l’Inde jusqu’à Lahore, au Pakistan.

Effets limités

Le millefeuille administratif indien ralentit l’action des autorités de Delhi. Les causes de la pollution se trouvant parfois en dehors des frontières de son territoire, le gouvernement régional a bien du mal à convaincre ses voisins de prendre des mesures, par exemple pour lutter contre la culture sur brûlis. La justice a aussi retoqué le plan de circulation alternée dans la capitale, qui prévoyait des exemptions pour les femmes, les hauts fonctionnaires, les responsables politiques et les deux-roues. Seule lueur d’espoir : la Cour suprême a ordonné, le 13 décembre, au ministère indien de l’environnement qu’il valide d’ici au 1er janvier 2018 un plan d’action global de lutte antipollution.

En attendant, les autorités de Delhi, incapables d’agir sur les causes de la pollution atmosphérique, tentent d’en diminuer les effets. En 2016, elles avaient recommandé de manger des oranges, de fermer les fenêtres et de faire des gargarismes avec de l’eau chaude… Elles ont également demandé aux habitants de dénoncer ceux qui brûlent des déchets en plein air en envoyant des photos par la messagerie WhatsApp. Les écoles doivent, pour leur part, organiser des réunions pour sensibiliser les enfants aux dangers de l’air contaminé.

Le gouvernement régional avait un temps envisagé de faire voler des hélicoptères pour arroser la mégapole de gouttelettes d’eau. Mais ces appareils n’avaient pas pu décoller, précisément à cause du brouillard de pollution, et les experts ont été nombreux à critiquer cette initiative. Même avec des camions et des « canons anti-smog », la brumisation, qui ne fait disparaître la pollution que quelques heures, aura des effets limités, étant donné la superficie de la capitale (1 500 km²).

LE MONDE

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