Ecofin Hebdo) – Au cours de ces dernières années, l’Ethiopie s’est affirmée comme l’une des zones les plus dynamiques du continent africain sur le plan des investissements directs étrangers (IDE) dans l’industrie légère. Selon les estimations de la Banque mondiale de 2016, 75% des IDE allant en Ethiopie ont été dirigés vers les activités manufacturières. D’après la Commission éthiopienne de l’investissement, les investissements directs étrangers dans le secteur du textile sont passés de 4,5 milliards de birr en 2013/2014 à 36,8 milliards de birr en 2016/2017 (1000 birr = 36,7 $). Cet engouement pour le pays des négus s’explique par un environnement compétitif à l’échelon international et propice aux affaires qui présente 6 principales caractéristiques.

 1) Une vraie stratégie industrielle

Pour rendre attractif le contexte des affaires, le gouvernement s’est doté d’un cadre stratégique particulièrement intéressant.

En effet, l’Ethiopie qui veut devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici 2025 a élaboré un second Plan de Croissance et de Transformation (GTP II) qui porte sur la période 2015-2020. Cette feuille de route s’articule notamment autour d’une industrialisation accélérée fondée sur l’agriculture avec le secteur privé comme principal acteur. Pour favoriser ce processus, le gouvernement a initié en faveur des entreprises, un plan de développement de parcs agro-industriels « prêts à l’emploi » orientés vers l’exportation. Ce programme permet notamment de faciliter l’accès du privé aux terrains industriels et table sur la création à l’horizon 2025, de plusieurs parcs dotés d’infrastructures logistiques et d’équipements sur 100 000 ha. La première infrastructure du genre, le Parc Industriel d’Hawassa (HIP) a été inauguré en juillet 2016 sur 130 hectares à 285 km au sud de Addis-Abeba. Dédiée à la filière textile-habillement, le complexe a déjà accueilli une vingtaine d’entreprises dont PVH, détenteur des marques Calvin Klein, le taiwanais Everest Textile ou le chinois Huafang.

 

2) Des investisseurs libres et sécurisés

En appui à cette stratégie, les autorités éthiopiennes ont révisé dès mai 2002, le code d’investissement étranger. Le nouveau régime actuellement appliqué garantit une protection des investisseurs contre l’expropriation ou la nationalisation de leurs actifs et ne les contraint pas à intégrer un partenaire local dans leur capital.

De ce fait, celles-ci peuvent tenter seule leur aventure sur le sol éthiopien ou s’y engager avec les entreprises locales. Cet élément a son importance dans la mesure où, dans certains pays comme l’Algérie, l’obligation de la présence d’un capital majoritairement national dans une joint-venture (règle du 51/49) peut freiner l’arrivée des investissements étrangers.

En outre, le régime fiscal très incitatif pour les entreprises implantées dans les parcs industriels. Il s’agit en particulier de l’exemption de taxes à l’exportation pour la plupart des produits, de la dispense de paiement d’impôts sur les revenus pendant 1 à 9 ans pour plusieurs secteurs stratégiques comme l’agrobusiness, d’un taux d’exonération de 100% des droits de douane ou de taxes sur certains biens d’équipements importés ou encore de la réduction de loyers fonciers pour les investissements dans les secteurs agricole et l’agrobusiness.

3) Une proximité géographique avec des marchés de consommation et des accords douaniers avec de nombreux pays 

Une autre force de frappe de l’Ethiopie réside dans les nombreuses opportunités de marchés qu’elle offre aux entreprises pour leur permettre de développer leur exportation.

Grâce à un accès maritime sur la Mer Rouge offert par le port Djibouti, l’Ethiopie permet aux entreprises d’atteindre plus facilement des grands marchés de consommation comme l’Europe et le Moyen-Orient par rapport aux concurrents asiatiques.

En outre, le pays en tant que membre du Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) écoule ses produits en libre accès de droits de douane à 19 pays africains.

Par ailleurs, l’Ethiopie bénéficie d’un traitement préférentiel pour ses exportations à destination de l’UE et des USA dans le cadre de la Loi des États Unis sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) et du Système Généralisé de Préférences (SGP).

Par la première disposition, le pays des Négus d’une exonération de droits de douanes pour une large gamme de produits allant des produits manufacturiers à ceux textiles destinés à être écoulés sur le marché américain (l’accord a été reconduit pour 10 ans supplémentaires jusqu’en septembre 2025).

Grâce à la seconde, l’Ethiopie, profite – grâce à son statut de pays moins avancé (PMA) – d’une réduction de droits de douane de la part de l’Union européenne (UE) sans contrepartie. En tant que tel, l’Ethiopie, se voit octroyer un régime spécial non seulement sur les produits agricoles destinés à l’export mais aussi sur ses produits de textiles et de l’habillement. Point important, ce dernier secteur est le plus couvert par le SPG, ce qui signifie que les produits du textile et de l’habillement peuvent entrer plus facilement que tout autre produit en termes de quantité dans l’UE.

Hormis ces préférences commerciales unilatérales, le pays a signé avec 31 pays, des traités bilatéraux de promotion et de protection des investissements et des conventions contre la double imposition douanière avec 11 pays dont la Russie, la Tunisie, la Turquie, l’Afrique du Sud ou Israël.

 

4) Une main d’œuvre importante, jeune et à un faible coût

L’abondance de la main-d’œuvre abondante et son faible coût est l’un des principaux avantages comparatifs de l’Ethiopie. Second pays le plus peuplé du continent derrière le Nigéria, avec 90 millions d’habitants, l’Ethiopie possède la population la plus jeune d’Afrique subsaharienne. Cet important vivier permet de répondre parfaitement aux exigences de l’industrie légère qui est à forte densité de main d’œuvre.  Cet facteur  démographique s’accompagne d’un faible coût du travail (60 dollars/mois) qui rivalise avec ceux du Bangladesh, du Vietnam ou la Chine.

 

5) Des matières premières abondantes pour approvisionner l’industrie

Elément important de son attractivité, l’Ethiopie possède d’abondantes ressources naturelles qui peuvent fournir des intrants aux industries légères visant aussi bien les marchés intérieur qu’extérieur.

Parmi ces potentialités, le pays dispose de 18 zones agro écologiques et 49 sous-zones  et un climat propices à la production de plus de 146 types de cultures.

Les ressources hydrologiques (12 bassins hydrographiques et 12 lacs naturels) ainsi que la forte insolation (plus de 11 heures par jour) peuvent booster le développement des fermes de production de fleurs coupées.

Notons par ailleurs, que le cheptel éthiopien peut fournir de la viande, des peaux et leurs dérivés pouvant nourrir durablement l’industrie du cuir ou de la chaussure.  D’après les estimations du Département américain pour l’agriculture (USDA), le pays possède le plus vaste cheptel d’Afrique et le 5e du monde avec notamment 80 millions de bovins, de chèvres, de chameaux et de moutons.

Grâce à ses 3,2 millions d’hectares de terres favorables à la culture du coton (même si seulement 7% sont exploités selon le cabinet McKinsey), le pays peut approvisionner en intrants l’industrie du textile-habillement.

Par ailleurs, les industries agro-alimentaires peuvent s’alimenter grâce à une diversité de matières premières agricoles comme le café. Le pays représente le premier producteur africain de café et le 5ème à l’échelon mondial. En plus de cette place importante dans l’approvisionnement, l’Ethiopie est le plus gros consommateur africain du breuvage et compte parmi l’un des principaux du monde à l’image des pays comme la Russie ou la Corée du Sud.

 

6) Une énergie disponible et bon marché

L’Éthiopie possède d’importantes ressources énergétiques offrant la possibilité d’une fourniture en énergie fiable. Le pays dispose en effet d’un potentiel hydroélectrique de 45 000 MW et de 5 000 MW pour la géothermie. Fort de ses réserves exceptionnelles, le gouvernement offre aux entreprises de l’énergie à un coût parmi les plus faibles de la planète, soit 4 cents ($US)/ par kilowattheure.

 

Dossier réalisé par Espoir Olodo

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