Interview de…Imam Amadou Dosso ‘‘Il y a la bida’a au niveau des textes et la bida’a organisationnelle’’

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Juriste de formation et exerçant actuellement en cabinet, il a accordé au journal Islam Info, cet interview sur la notion de bida’a dans la religion musulmane. Imam Amadou Dosso parle de l’importance des textes islamiques, des enseignements du Messager d’Allah (saw) et la façon de les mettre en pratique.

Qu’appelle –t-on bida’a ?
Etymologiquement, le mot bida’a veut dire innovation, apporter quelque chose de nouveau. Pour la religion musulmane, le bida’a sous-entend ce que le Prophète (saw) n’a
pas pratiqué, n’a pas enseigné et n’a pas autorisé.

Peut-on catégoriser la bida’a ?
La bida’a est subdivisée en deux parties. Il y’a la bida’a au niveau des textes et la bida’a
organisationnelle. Parlant de texte, il ne peut y avoir de rajout ou une réduction, parce que la révélation a été parachevée avec la mort du messager Mohammad (psl). Quant à la Bida ‘a organisationnelle, sa nécessité dépend des réalités et des contraintes auxquelles
sont confrontés les musulmans dans chaque société. L’application de ce dernier
doit obligatoirement respecter l’objectif fixé par la religion.

Est-ce que toutes les innovations en Islam sont interdites ?
Nous pourrons donc répondre qu’au niveau des textes, il n’y a aucun doute que toute modification est considérée comme Bida ‘a et interdite. Et quant à l’organisation, nous pouvons dire qu’elle est nécessaire, car sans l’innovation organisationnelle en Côte d’Ivoire, la religion serait perdue et ne pourrait avancer. Ce problème ne se pose pas par exemple dans les pays comme l’Arabie Saoudite, où les enfants apprennent dès le bas âge la religion à travers le système éducatif. Ils n’ont donc pas besoin d’association pour le développement de l’Islam chez eux. Par contre en Côte d’Ivoire, pour l’encadrement religieux, pour bâtir des édifices religieux, pour enseigner, nous avons besoin des associations et des structures spécialisées. Ces éléments sont donc considérés comme des bida’a organisationnelles pour
faire répandre la religion. Sans ces aspects, la religion ne peut évoluer. Mais nous n’oublions
pas l’objectif qui est de vulgariser l’Islam et non de le modifier.

Les prières de tarawwih et de tahadjoudsont-elles des bida’a ?
Ces éléments entrent dans le cadre organisationnel. Les compagnons n’ont pas modifié
le contenu de la prière. Ils se sont tout simplement organisés de sorte à faire ensemble,
une pratique qui existait déjà avec le Messager (saw), mais qui était pratiquée individuellement. La pratique existant, ils ont mis l’organisation pour éviter la cacophonie dans
la mosquée. Tu verras aussi que le Coran qui était mémorisé pendant la révélation au Messager d’Allah (saw), a été regroupé dans un seul livre, de sorte à ne pas le perdre  à   l’avenir, quand les musulmans n’arriveraient plus à le mémoriser. Cette action n’a pas consisté
à modifier le texte, mais plutôt à le protéger. Le tarawwih et le tahajoud rentrent dans ce
cadre. Si nous prenons l’idée du tarawwih, nous allons éviter de nous achopper. Par
conte si nous voulons chercher les textes sur le regroupement pour faire le tarawwih, nous
allons nous quereller, parce que d’aucuns diront que le Prophète (saw) n’a pas fait donc
nous ne faisons pas. Il est aussi intéressant de savoir que beaucoup de savants ont commencé à développer une autre théorie, en disant que, ce que le Prophète (saw) n’a pas
fait, n’est pas un argument pour ne pas faire. Mais il faut savoir que cette approche ne
concerne que le cadre organisationnel et non textuel. Parce qu’il faut regarder l’objectif de
la mission du Messager (saw). Il est venu pour une mission déterminée, dont Il nous a
enseigné les objectifs, déterminé le cadre de son exécution ainsi que les moyens d’action
qui nous permettent d’atteindre ces objectifs fixés par Dieu à travers le message. C’est au
regard donc de ce qui peut vous empêcher d’être de bons musulmans, que vous êtes
obligés d’innover afin de contourner les obstacles, pour préserver ou mieux appliquer ce
qu’on vous a donné comme enseignement. C’est ce qui nous a conduit à l’organisation
des séminaires, des conférences et ceux que nous organisons. Même ceux qui ont pris la dénomination sunnite et qui ne cessent d’attaquer les autres tout azimut concernant le bida’a, n’ont pas échappé à cela. Lorsque vous fondez une organisation que vous l’appelée «ahl sunna», vous innovez, puis qu’on n’a jamais vu cela au temps du Prophète (saw). Mais ils ont trouvé cette innovation nécessaire, de leur point de vue, pour des objectifs organisationnels. Il en est de même pour la recherche de financements pour construire des
écoles, bâtir des mosquées, c’est une innovation organisationnelle. En un mot, tout le
monde innove. Seulement que chacun se donne bonne conscience pour ses propres innovations et critique les autres. Et il arrive que dans les critiques conduisent certains à qualifier leurs coreligionnaires de mécréant etc. c’est dommage. On peut travailler en groupe car chacun à sa spécialité et sa sensibilité. Au temps du Prophète(saw), certains étaient fort en matière d’héritage, d’autres avaient des compétences en matière de lecture, encore d’autres en matière de négociation, Il a mis toutes ces personnes autour de lui pour constituer une force.

Devons-nous-appeler certains musulmans sunnites et d’autres al bida’a ?
L’appellation aujourd’hui par un nom, n’est pas synonyme de rectitude ou de vérité. Tu peux faire n’importe quoi et te donner le nom de sunnite, Cela ne suffit pas et n’a aucune valeur chez Dieu. De même que tu peux être en conformité avec les enseignements et ne pas t’appeler sunnite. La question est de savoir si ce que vous faites, est conforme ou non aux enseignements du Messager (saw). Si la pratique est conforme à Son enseignement, vous êtes sur la vérité dans le cas contraire, vous êtes dans l’égarement. Je vous donne un exemple : Dans les enseignements du Prophète (saw), il y’a les injonctions (obligations), les recommandations (surérogatoires) et l’enseignement général. Dans les enseignements
généraux, il y a par exemple cette citation prophétique qui dit :« celui qui dit cent fois par jour : ‘’ Soubhanallahi wa bihamdihi, Soubhanallahi al Azim (gloire et pureté à Dieu, gloire à Dieu le tout puissant) », se verra décharger de tous ses péchés ». On voit dans cette parole qu’il a simplement donné un enseignement, sans demander à quelqu’un de le faire.
Mais Si une tierce personne décide de faire cette invocation à travers un programme
parce que cela répond à son besoin de rechercher la grâce auprès de Dieu. Est-ce qu’il innove en voulant Le faire 100 fois après chaque prière canonique ? Une personne va lui demander si le Prophète (saw) avait enseigné cette manière de faire. Du coup on va lui demander, est-ce parce que le Prophète (saw) ne l’a pas fait après chaque prière, que ce monsieur ne doit le,faire dans un programme qui lui convient ? Et si une personne te dit que c’est une innovation, on dira qu’il n’a pas compris la religion. Parce que ce monsieur veut que le Seigneur lui pardonne ses péchés, il estime qu’il doit faire beaucoup cette invocation en connaissance de ses péchés. Toi pareillement, tu connais tes forces et tes faiblesses, en fonction de cela, tu t’organises pour avoir la miséricorde de Dieu. Deuxièmement, s’il arrive que certaines personnes s’intéressent à la même invocation, et que vous décidez d’avoir un programme commun et la faire ensemble 100 fois chaque jour, matin ou le soir, quelqu’un va
vous interpeller pour dire que l’acte que vous faites, n’a pas été fait par le Messager (saw).
Il va trouver que c’est une innovation. Effectivement que c’est une innovation, mais à quel niveau. C’est au niveau organisationnel et pas dans le fond, pas au niveau des textes, puisque c’est un texte que vous mettez en application, il va vous attaquer, cela va créer la cacophonie, mais en réalité, c’est lui qui n’a rien compris puisque vous avez pris un texte qui existe. Vous savez vos problèmes, vous avez pensez que cela peut vous aidez à résoudre vos problèmes, à être en harmonie avec Dieu par rapport aux péchés que vous commettez et donc vous vous mettez ensemble pour en faire. En le faisant, vous obtenez deux résultats. Premièrement, vous avez la fraternité que vous développez entre vous et deuxièmement, il y’a la paresse que vous chassez. Est-ce que la fraternité ne fait pas partie des éléments auxquels l’Islam nous a incités ? Il nous a incités à être fraternels. Ensuite, dans les bénédictions de protection, le Messager d’Allah (saw) a toujours demandé au Seigneur de le protéger contre la paresse. Quand vous vous mettez en groupe, vous chassez la paresse et vous vous donnez du courage pour exécuter un acte qui a été recommandé où enseigné par le Messager de Dieu (saw). C’est pour cela qu’il peut arriver que chacun se donne une
appellation, sans que le contenu ne soit exact. Il peut arriver que la personne ne se donne pas de nom, mais le contenu est exact. Ceux qui se sont donné le nom sunnite, sont ceux-là même qui ont surnommé les autres al bida’a. En vertu de quoi nous nous donnons une appellation, et nous qualifions les autres. Qui nous a donné cette qualité et compétence à agir ainsi. Ce que nous avons à faire dans notre religion, est ce que Dieu dit dans la sourate s 103, v 3 « sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes oeuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance ». Le Prophète (saw) nous a exhortés à nous corriger dans la tolérance et la bonne exhortation. Au lieu de te donner une appellation qui va t’éloigner de l’autre, tu dois plutôt avoir une démarche de rapprochement de sorte à rectifier ses défauts que tu as remarqués dans sa pratique. Nous avons un devoir de fraternité, pour ne pas aller vers cette fraternité, on attaque. On prend ce qui est le plus
facile, tel que l’accusation des autres. L’Islam nous demande de faire ce qui demande plus
d’efforts, c’est-à-dire, aller vers les autres, les aider à corriger leurs défauts, leurs erreurs
et les mettre sur la voie de la sounna.

Qu’est -ce que la sounna ?
La sounna est l’ensemble de ce que le Messager d’Allah (saw) a fait, il a dit ou il a vu
faire et sans rien dire. Tous les enseignements du Prophète (saw) sont la sounna. Il peut arriver qu’on pratique ces enseignements à un degré, et ce, en fonction de sa capacité, en fonction de ses moyens et en fonction de ses réalités. Il peut arriver qu’on n’arrive pas à faire un certain nombre de pratiques en fonction de certaines contingences. Si une autre personne arrive à le faire, il faut s’entraider.

Votre mot de fin
Je demande à chacun de faire très attention et d’avoir la conscience que nous sommes les garants de notre religion. Il faut faire la différence entre les textes et l’organisation. Nous devons nous mettre ensemble pour combattre tous ceux qui apporteront des innovations au niveau des textes car nous n’avons pas besoin de modifier notre religion. Le Messager de Dieu (saw) nous a laissé un héritage qui est l’Islam et celui-ci a été parachevé avant qu’il ne parte. Au niveau organisationnel, il faut que nous soyons tolérants. Il ne faut pas confondre le nom des structures et puis le fond de la religion. On peut se donner un nom, mais il faut que le contenu soit celui de l’enseignement donné par le Messager d’Allah (saw). Ce qu’il nous
a enseigné, il est possible que nous le mettions dans une organisation en fonction des réalités que nous avons et des problèmes que nous avons. Celui qui pense qu’un enseignement
peut lui servir pour s’améliorer, qu’il le fasse. Celui qui ne peut pas le fairece n’est pas la peine de taxer l’autre d’une appellation qui va l’éloigner de lui. Militer pour la fraternité. Bientôt la question de la célébration du mahoulid va venir. Je souhaite pour les frères, de ne pas se déchirer pour un seul jour qui va passer, se bagarrer, mais le plus important est la fraternité. Il faudra faire attention aux discours qui divisent. Si les propos des prédicateurs sont en phase avec celui du Messager d’Allah (saw), il faut les prendre, mais, s’il y’a une contradiction, vaut mieux s’en écarter.

Par Ibrahima Khalil

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