Après un long suspense, les sénateurs républicains ont finalement voté mardi 25 juillet en faveur de l’ouverture du débat sur l’abrogation de la réforme du système de santé d’Obama. Mais les partisans du «oui» l’ont emporté de justesse et sans aucune assurance de pouvoir parvenir à remplacer l’Obamacare par la suite.

Au Sénat des Etats-Unis, les républicains sont 52 et les démocrates sont 48. Les membres de la majorité, divisés sur la question du système de santé légué par le président précédent, Barack Obama, ne pouvaient donc se permettre la défection que de deux de leurs membres pour voter l’ouverture du débat.

Mais sans l’arrivée du vieux soldat John McCain qui, bien que convalescent après une grave opération, a tenu à venir voter, les républicains n’auraient jamais pu obtenir les voix nécessaires (voir encadré). Car ils n’auraient plus été que 51. Or, après la défection de deux sénatrices modérées, il y avait bien égalité des voix : 50-50.

Le vice-président Mike Pence, en tant que président du Sénat, a donc fait – comme l’y autorise la Constitution – pencher la balance du côté du « oui », en apportant la 51e voix. Le résultat a tout naturellement ravi Donald Trump, qui avait accentué les pressions ces derniers jours sur les républicains pour qu’ils tiennent leur promesse d’abroger et réformer l’Obamacare.

« Je suis très très heureux de ce résultat. C’est le début de la fin du désastre nommé Obamacare », a-t-il commenté lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre libanais. Et de prédire que dans une semaine ou deux, le Sénat va mettre au point un plan merveilleux. Prédiction optimiste, car personne ne sait ce qui va maintenant se passer.

Vingt heures de débat sont prévues pour discuter d’un plan, présenter une multitude d’amendements et négocier des concessions. Bref, tenter de réconcilier les vues des conservateurs qui poussent pour une abrogation sèche et les centristes qui s’opposent à une réduction drastique de Medicaid, la couverture maladie publique pour les pauvres.

S’il a fallu autant de temps et de négociations pour simplement parvenir à commencer le débat sur un nouveau système de santé, les chances pour les républicains d’obtenir ce qu’ils souhaitent, et plus encore ce que souhaite le président, semblent infimes. D’autant qu’il ne faudra attendre aucune aide des démocrates.

Les républicains peuvent abroger la loi et se donner deux ans pour la remplacer. Ou bien essayer de l’abroger et la remplacer en même temps, comme le souhaite Donald Trump. Difficile, étant données les divisions entre conservateurs et centristes. Si bien que le résultat final pourrait n’être qu’une version maquillée de l’actuel système tant décrié, mais qui a pour la première fois le soutien de 51 % des Américains.

John McCain, un « come-back » à l’Américaine

Sans lui, les républicains n’auraient pas réussi a faire approuver l’ouverture du débat sur l’Obamacare. John McCain est encore venu au secours de son parti. Lorsqu’il a fait son entrée dans l’hémicycle, le visage marqué par une profonde cicatrice au-dessus de l’œil gauche, il a été accueilli par une immense ovation bi-partisane. Le chef de la minorité démocrate, Chuck Schumer, est venu lui donner une chaleureuse accolade. Le sénateur de l’Arizonale, qui aura 80 ans le mois prochain, est un habitué des gestes héroiques. Cet ancien pilote de chasse, dont l’avion avait été abattu au Vietnam pendant la guerre, a passé cinq ans en prison sur place. Il avait même refusé d’être libéré si ces camarades ne l’étaient pas aussi.

S’il est revenu à Washington, en dépit de sa récente opération, c’est par sens du devoir. S’il a voté en faveur de l’ouverture du débat, c’est parce qu’il souhaite voir républicains et démocrates coopérer pour le bien du pays. L’ancien adversaire de Barack Obama à la présidence en 2008 l’a martelé dans un discours d’une quinzaine de minutes : « Qu’avons-nous à perdre à essayer de travailler ensemble pour trouver des solutions ? » Et de se lamenter de la division entre ses collègues des deux partis. Avant de prodiguer ce conseil : « Cessez d’écouter les grandes gueules grandiloquentes à la radio et à la télévision. Qu’elles aillent au diable ! » Preuve qu’en dépit de son cancer du cerveau, le vieux guerrier n’est pas prêt à rendre les armes.

RFI

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