Attentat de Nice : une plaie toujours à vif

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Nice commémore ce vendredi l’attentat du 14 juillet. Un an après la tuerie de la promenade des Anglais, la douleur est encore palpable parmi les Niçois.

Sur la place Masséna à Nice, un gigantesque velum affiche dignement ses couleurs bleu-blanc-rouge. Tout juste érigé, il abritera le 14 juillet quelque 2 000 invités aux cérémonies en hommage aux 86 victimes et 434 blessés de l’attentat de la promenade des Anglais. « Depuis six mois, des centaines d’individus se mobilisent pour organiser cet événement en concertation avec les familles de victimes », confie Anthony Borré, directeur de cabinet du maire de Nice Christian Estrosi. C’est une ville sous haute surveillance et ultra-sécurisée qui s’apprête à vivre cette date anniversaire aussi attendue que redoutée.

Comme des milliers de personnes, Katou, 35 ans, viendra « pour prouver que l’on n’oublie pas ceux qui nous ont quittés et que nous sommes toujours aussi soudés ». Cette Niçoise d’origine tunisienne l’admet : « Ça va être difficile. Je vais prendre mon gros paquet de mouchoirs, on va tous pleurer, mais ça nous fera du bien d’être tous ensemble. » « Être là, c’est un symbole, pour montrer aussi qu’on n’a pas peur de sortir dans la rue », souligne de son côté Théo, pompier de 20 ans. Entre recueillement et solidarité, la journée démarrera dès 9 heures par un hommage participatif : 12 000 plaques seront déposées par des Niçois sur le quai des États-Unis. Filmées par un drone, elles formeront, vues du ciel, un immense message de 170 mètres de long. À 16 h 30, depuis les promenoirs et grâce aux écrans géants installés pour l’occasion, les personnes pourront suivre, en présence d’Emmanuel Macron, le défilé militaire accompagné de la Patrouille de France, ainsi que l’hommage municipal qui suivra.

Beaucoup de Niçois absents

Nombreux sont les Niçois encore meurtris qui ne souhaitent toutefois pas prendre part à la journée de commémoration. « Pour certaines familles de victimes, c’est trop dur, elles préfèrent se déconnecter de Nice et partir en voyage ce jour-là », confie Shirley Cavallo, secrétaire de l’association Promenade des Anges, qui regroupe les victimes et leurs familles. Gaëtan a sauté de 3 mètres de haut sur les galets le 14 juillet dernier pour échapper au camion qui lui fonçait dessus. « Je n’ai pas envie de me retrouver dans la foule, un regroupement comme celui-là me rappellera trop ce qui s’est passé », redoute le jeune homme de 22 ans. Trop de « récupération par les politiques », d’« émotions à vif » , de « lassitude »… des mots qui reviennent sans cesse parmi les habitants qui ne seront pas présents sur place le jour de la cérémonie. Tous auront toutefois une pensée pour les victimes ce vendredi. Certains Niçois suivront l’événement via les médias. « C’est comme un voile qui protège », souligne Carolyn, une blogueuse niçoise.

À Nice, l’approche du 14 juillet remue toute la population. Au centre hospitalier universitaire de Nice, le personnel soignant est lui aussi affecté. « Certains veulent à tout prix travailler, mais d’autres en sont physiquement incapables et ont demandé à ne pas être inscrits sur les plannings ce jour-là », confie Karine Hamela, responsable du pôle des ressources humaines au CHU.

« Année de deuil »

Au-delà de la journée de commémoration, l’anniversaire de l’attentat semble faire ressurgir un malaise profond parmi les habitants. Depuis un an, la vie a pourtant repris son cours à Nice. Les Niçois ont retrouvé leur « Prom », qu’ils se sont peu à peu réappropriée. Dans les rues animées, tout semble être comme avant. En apparence. Sous le vernis bleu azur, la plaie n’est toujours pas cicatrisée. « J’en parle rarement, mais avoir été présent sur la Prom, même si c’était à 200 mètres du camion, et voir des milliers de gens courir comme des fous a été traumatisant et l’est toujours », confie Nicolas, 46 ans. Pour Hervé, vice-principal dans un collège niçois : « Depuis quelque temps, j’arrive à y penser sans avoir les larmes aux yeux. » L’angoisse surgit parfois dans des moments inattendus. « Une fille alcoolisée qui hurle dans le Vieux-Nice le soir en rigolant me provoque des palpitations », souligne Héloïse, 28 ans, qui célébrait la fête nationale dans la vieille ville l’an dernier. Pas question pour autant de s’empêcher de vivre et de s’amuser. La jeune Niçoise l’a décidé : elle ira voir Céline Dion le 20 juillet en concert à Nice, même si elle « redoute déjà d’être dans un grand stade avec autant de foule ».

C’est justement par un concert que s’achèvera la célébration du 14 Juillet. Vingt mille personnes sont attendues. Après des lectures de textes par Michèle Laroque, Michel Boujenah et autres comédiens, le public écoutera les mélodies de l’Orchestre philharmonique de Nice et du Chœur de l’opéra. Calogero interprétera pour finir la chanson « Les Feux d’artifice ». Un peu comme pour remplacer le vrai feu d’artifice annulé cette année « à la demande des familles de victimes », précise Anthony Borré. Un lâcher de 86 ballons et la mise en lumière de 86 faisceaux sur la promenade des Anglais clôtureront la manifestation. À 12 ans à peine, Lili, collégienne niçoise, craint que « le 14 juillet ne soit plus jamais un jour de fête ». Le directeur de cabinet Anthony Borré l’assure : « Après cette année de deuil, nous souhaitons que Nice puisse revivre, réorganiser des événements. Ce 14 juillet 2017 est dans notre esprit le moment où l’on va passer de l’ombre à la lumière. Cela ne veut pas dire oublier, personne n’oubliera jamais. »

lepoint.fr

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