Afrique : et si le salut passait par l’agriculture

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L’Afrique a besoin de renforcer ses chaînes de valeur. La Banque africaine de développement (BAD) a décidé de miser sur l’agriculture. Explications.

Le problème de la faim persiste en Afrique. Les alertes des ONG et des organisations internationales se multiplient en Afrique de l’Est, mais aussi en Afrique de l’Ouest où la sécheresse ainsi que les guerres sans fin provoquent des situations d’urgence. Quelque trois millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire « immédiate » dans huit États d’Afrique de l’Ouest, ont alerté, vendredi 9 juin, les ministres de l’Agriculture de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Et pourtant, il faut savoir qu’on produit assez pour nourrir tous les habitants de la planète. Mais ceux qui en ont le plus besoin sont toujours privés des moyens de produire ou d’acheter des vivres. Pour la Banque africaine de développement, et depuis l’élection du nouveau président Akinwumi Adesina, l’agriculture est devenue la priorité des priorités pour le continent africain. L’objectif : faire de l’agriculture un atout pour son développement. « Aucune région du monde ne s’est développée sans transformer son secteur agricole », affiche l’institution, qui martèle ce même message depuis plus d’une année. Et les moyens ont commencé à suivre.

Renforcement des chaînes de valeur agricole

Dernier exemple en date, la BAD annonce un crédit de 100 millions de dollars pour financer les opérations de la chaîne de valeur des matières premières agricoles du Groupe Export Trading (ETG) en Afrique subsaharienne. Le but ? Aider les agriculteurs locaux et les fournisseurs de matières premières agricoles à accroître leurs revenus et à produire des cultures de qualité pour l’exportation. « Plus précisément, le crédit servira à financer l’achat de produits agricoles identifiés auprès de plus de 600 000 agriculteurs », a déclaré la Banque dans un communiqué.

Acteur africain de premier plan (établi au Kenya depuis 1967) de la filière d’approvisionnement en produits agricoles non périssables, ETG a bâti sa réussite sur le négoce de matières premières agricoles, principalement les légumineuses, les noix de cajou, les grains de sésame, le maïs, le riz et les engrais. La société a ensuite développé une filière d’approvisionnement agricole allant des achats en Afrique rurale à la distribution sur les marchés internationaux. La société dispose d’un vaste réseau couvrant 30 pays d’Afrique et commercialise chaque année plus de deux millions de tonnes de produits agricoles et un million de tonnes d’intrants (engrais). « Cette intervention le long de la chaîne de valeur agricole permettra à la banque d’atteindre indirectement de nombreux petits agriculteurs via ETG, un agrégateur panafricain qui a une connaissance approfondie du marché dans lequel il a accumulé un bilan de 50 ans, et qui comprend le risque opérationnel du secteur agricole et peut les atténuer et les gérer », ajoute le communiqué.

Des projets tous azimuts

Ce financement de la BAD ira en priorité dans les projets d’engrais au Kenya et en Zambie, mais aussi des usines de transformation (riz, noix de cajou, maïs, sésame, coton, biscuit) au Kenya, en Tanzanie, en Zambie, au Mozambique, au Togo, en Éthiopie, au Bénin, au Zimbabwe, au Nigeria et en Ouganda. Le groupe ETG annonce aussi pour les années à venir, des entrepôts multiproduits au Burkina Faso, au Malawi, en Zambie, au Zimbabwe, au Niger, au Bénin, au Nigeria et en Éthiopie. En multipliant ces projets, la BAD entend aussi développer l’emploi des jeunes et des femmes dans le secteur agricole.

L’Afrique compte 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées et les rendements offrent un important potentiel d’amélioration. Mais en dépit d’une forte demande mondiale, elle n’a pas encore atteint son plein potentiel. Elle est particulièrement désavantagée par son isolement et le manque d’infrastructures logistiques et de transport. Le président de la BAD en a fait son cheval de bataille : « L’Afrique dispose de 65 % des terres arables pour nourrir 9 milliards de personnes dans le monde d’ici à 2050 et ne peut se permettre de ne pas exploiter son potentiel. Et vous voyez, ça, je l’ai déjà fait au Nigeria. Il faut mettre l’accent sur le secteur privé. Pendant trois ans, on a pu servir 14,5 millions de paysans sans passer par aucun intermédiaire, directement sur mobile, on a donc augmenté notre production agricole d’au moins 21 millions de tonnes et on a créé 3 millions d’emplois. Les importations ont chuté à 634 milliards de nairas. C’est beaucoup, et cela a donné de la vigueur à l’économie nigériane. C’est ce modèle qui doit servir pour le reste du continent », confiait-il en prenant ses fonctions à la tête de la BAD.

 

lepoint.fr

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