Depuis sa retraite francilienne, l’ancien président, Abdoulaye Wade, tire les ficelles de la coalition d’opposition qui entend défier Macky Sall lors des législatives. Et son come-back à Dakar est promis sous peu…

À défaut d’une déclaration publique, c’est une photo qui a valeur de symbole. Début mai, l’ancien président Abdoulaye Wade prenait la pause, dans le pavillon de Versailles où s’écoule sa retraite, aux côtés de Bamba Fall, le maire de la Médina (un quartier de Dakar). Placé en liberté sous contrôle judiciaire le 25 avril, après plus de trois mois de détention provisoire, l’élu socialiste est l’un des plus proches lieutenants de Khalifa Sall, le maire de la capitale sénégalaise, lui-même incarcéré pour des malversations présumées dans la gestion de la ville.

Dans une autre vie, pourtant, le Parti socialiste sénégalais avait résolument combattu le camp Wade, contribuant à sa défaite, en mars 2012, face à Macky Sall. Mais cinq ans plus tard, plus qu’une paix des braves, c’est une alliance électorale inédite que le cliché versaillais vient entériner.

Objectif : l’Assemblée nationale

Derrière son allure de paisible retraité, Abdoulaye Wade, à bientôt 91 ans, n’a pas raccroché les gants de la politique, tant s’en faut. S’il s’exprime rarement et n’a plus remis les pieds au Sénégal depuis 2015, l’ancien chef de l’État joue, en coulisses, un rôle clé dans la confrontation électorale d’importance qui doit se jouer le 30 juillet.

Fin manœuvrier, Gorgui (« le Vieux », en wolof) a en effet largement contribué à la mise en orbite de la coalition Manko Taxawu Sénégal, qui rassemble sous une même bannière, en prévision des législatives, une vaste constellation de mouvements et de partis hostiles à la politique de Macky Sall. Avec un objectif déclaré, encore à atteindre : valider, avant la date butoir du 30 mai, une liste unique de l’opposition censée bousculer sérieusement la coalition gouvernementale Benno Bokk Yakaar – et idéalement décrocher une majorité à l’Assemblée nationale.

Aux dires de plusieurs responsables des partis concernés, les discussions sont en bonne voie. « Cela prend du temps d’examiner la représentation respective des différents mouvements sur chaque liste départementale, mais il n’y a pas de pierre d’achoppement majeure », assure, confiant, un membre du comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition).

Nous avons laissé de côté les conflits d’ego et les rivalités partisanes, au profit d’un projet alternatif susceptible de mettre un terme à la politique désastreuse de Macky Sall

Les négociations seraient donc prometteuses, même si la coalition entend faire cohabiter sur une même liste ­adversaires – voire ­ennemis – d’hier ou d’avant-hier. Au sein de Manko Taxawu Sénégal, sous la ­houlette d’Abdoulaye Wade, des leaders qui ont eu maille à partir avec lui au sein du PDS (comme Idrissa Seck ou Modou Diagne Fada) côtoient ainsi ceux qui l’ont combattu lorsqu’il était au pouvoir (Malick Gakou, Khalifa Sall, Cheikh Bamba Dièye…).

Une revanche que l’ancien chef de l’État, qui n’a jamais cédé son poste de secrétaire général national du principal parti d’opposition, savoure discrètement, en attendant de venir prochainement battre campagne au Sénégal, comme l’assurent plusieurs de ses proches.

Projet alternatif

« Nous avons laissé de côté les conflits d’ego et les rivalités partisanes, au profit d’un projet alternatif susceptible de mettre un terme à la politique désastreuse de Macky Sall », justifie Malick Gakou, le président du Grand Parti. Selon lui, « les discussions entre les leaders concernés sont très avancées ». Et l’officialisation de l’accord tant attendu pourrait intervenir dans la semaine, sans même attendre la date fatidique du 30 mai.

Abdoulaye Wade et son fils, Karim, seront très bientôt présents au Sénégal pour prendre part à la campagne

Parmi les points importants qui restent en suspens, la désignation de la tête de liste nationale n’est pas le moindre. « Deux options principales s’offrent à nous, toutes deux à valeur symbolique, résume un ancien ministre issu du PDS : soit ce rôle reviendra à Abdoulaye Wade, en tant qu’inspirateur et parrain de cette liste unique ; soit nous opterons pour Khalifa Sall, aujourd’hui incarcéré injustement. » Seule certitude, selon la même source : « Abdoulaye Wade et son fils, Karim, seront très bientôt présents au Sénégal pour prendre part à la campagne. »

Jeune Afrique

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