Russie: L’UE appelle à la libération des manifestants arrêtés

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En Russie, l’opposant russe Alexeï Navalny et des centaines de ses partisans ont été interpellés dimanche 26 mars dans les manifestations qui ont eu lieu dans tout le pays. Il s’agit des plus fortes mobilisations depuis cinq ans. La police a annoncé avoir arrêté 500 personnes, tandis qu’une association spécialisée dans le monitoring des manifestations estime qu’il y aurait eu plus de 900 arrestations. L’Union européenne a appelé la Russie à libérer « sans tarder » ces manifestants, ce lundi.

Des milliers de manifestants ont défilé sur les trottoirs de la principale avenue de Moscou, ou plus exactement, ils ont marché, car la manifestation était interdite, et les gens déambulaient comme si de rien n’était. Mais ils étaient des milliers à marcher ainsi, certains avec une paire de baskets ou avec un canard en plastique jaune, deux objets devenus symboles de la corruption depuis la diffusion sur Internet d’un film de Navalny, qui accuse le Premier ministre Dimitri Medvedev de corruption. D’autres passants s’étaient grimé les pommettes en vert, symbole de ralliement à l’opposant, depuis qu’il a été aspergé d’un antiseptique vert par des nationalistes.

L’opposant avait tenu secret l’endroit où il devait rejoindre le cortège. Son apparition a été de courte durée, car les forces anti-émeutes l’ont rapidement saisi et embarqué. Une arrestation assez mouvementée, car les partisans d’Alexeï Navalny se sont opposés à son interpellation, bloquant le passage du fourgon. Les manifestants ont ensuite suivi le véhicule, donnant des coups de poing dans la carrosserie, et essayant de le bousculer, en criant : « Libérez-le ! », « Honte ! » et des slogans plus politiques tel que « Poutine voleur »

Les forces anti-émeutes équipées de casques, gilets pare-balles, tonfas
s’étaient massivement déployées le long de l’avenue et ont procédé à de très nombreuses arrestations, parfois musclées, voire violentes, contre des manifestants pacifiques, parfois équipés d’une pancarte. Une retraitée a expliqué à RFI qu’elle avait 70 ans et qu’elle était là pour protester contre la dégradation des soins, et plus globalement qu’elle était contre le pouvoir corrompu.

Des opposants portant une caricature du Premier ministre Dmitri Medvedev accusé de corruption, à Moscou, le 26 mars 2017

Les manifestants étaient de tout âge, mais souvent plutôt jeunes, des Russes qui n’ont connu que Vladimir Poutine au pouvoir. L’un d’eux, en montrant l’hélicoptère qui tournait au-dessus des manifestants, a déclaré avoir peur, tout en ajoutant « mais les gens en ont marre, ils veulent des réponses sur les millions volés. En Europe, les gens peuvent sortir quand ils ne sont pas contents. Ici tout est bloqué, on risque d’etre arrêté et envoyé en prison. »

La plus forte mobilisation à Moscou depuis 2012

D’après les ONG présentes, plus de 700 personnes ont été interpellées. La presse russe elle-même parle de plus de 500 arrestations. Depuis les grandes manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle de 2012, jamais une manifestation n’avait rassemblé autant de participants dans Moscou. La police parle de 8 000 manifestants, le journal d’opposition Novaya Gazeta de 25 000. En tout cas, la place Pouchkine où les manifestants ont stationné avant de se disperser était noire de monde.

La mobilisation a sans doute été d’autant plus importante que les Moscovites avaient appris que les villes des régions orientales s’étaient mobilisées toute la journée, de Vladivostok à Makhatchkala dans le Daguestan, en passant par les villes de la Sibérie, de l’Oural et jusqu’à Saint-Pétersbourg. Au total, il y a eu des manifestations dans 99 villes, malgré le fait qu’elles étaient interdites dans 72 villes. A un an de l’élection présidentielle, cette expression de colère va sans doute donner à réfléchir au pouvoir.

Muriel Pomponne

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