Ce mercredi paraissent les indicateurs de valeur ajoutée des lycées du ministère de l’Education, qui évaluent le taux de réussite au bac des établissements et ceux qui font le mieux progresser les élèves…

Comme chaque année, il y aura des gagnants et des perdants. Ce mercredi paraissent les IVAL (Indicateurs de valeur ajoutée des lycées) du ministère de l’Education, qui évaluent le taux de réussite au bac des établissements et ceux qui font le mieux progresser les élèves. Tout en tenant compte de l’origine sociale des lycéens. Des résultats qui sont très attendus par les proviseurs, d’autant qu’ils donnent lieu à des palmarès dans de nombreux médias. Reste que les établissements qui sont en bas du tableau ne sont pas condamnés à le demeurer. « En deux ou trois ans on peut changer la donne », affirme ainsi Thierry Bossard, inspecteur général de l’Education national et auteur du rapport Des facteurs de valeur ajoutée des lycées, publié en juillet 2015. La preuve, plusieurs de ceux qui étaient mal notés, ont réussi à inverser la vapeur en quelques années.

C’est le cas par exemple, du lycée Eugénie Cotton de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui est passé de 60 % de taux de réussite au bac en 2011 à 97 % en 2016, ou du lycée Auguste Renoir à Paris, qui est passé de 65 % de réussite en 2011 à 97 % en 2016. Idem pour le lycée Romain Rolland de Goussainville (Val-d’Oise), qui avait un taux de réussite au bac attendu de 84 % 2016 et qui a finalement dépassé les pronostics en atteignant 88 %. Et sachant qu’en 2003, son taux de réussite au bac était de 51 %, on mesure le chemin parcouru. « Depuis 2014, nous continuons à améliorer nos résultats, grâce à une multitude d’actions », commente Thierry Dinard, le proviseur.

« Un proviseur peut impulser une nouvelle dynamique dans le lycée »

Pour redresser la barre, il n’y a pas de recette magique, mais « une conjonction de facteurs », explique Fabienne Rosenwald, directrice de l’évaluation, de la prospective et de la performance au ministère de l’Éducation nationale. Une stratégie qui repose d’abord sur la personnalité du proviseur, comme le souligne Thierry Bossard : « Il y a un effet chef d’établissement. Surtout si celui-ci a la capacité de fédérer les équipes autour d’un projet pédagogique ». « Un proviseur peut impulser une nouvelle dynamique dans le lycée », renchérit Joël Lamoise, secrétaire national duc (syndicat national des personnels de direction). Surtout lorsqu’ils se mettent en quatre pour obtenir des abondements de dotations horaires pour payer des heures supplémentaires aux enseignants, afin de mettre en œuvre des projets spécifiques ou un accompagnement scolaire de qualité pour les élèves.

Mais pour arriver à remonter le niveau de son lycée, le proviseur doit être avant tout lucide. Et faire l’effort d’analyser le positionnement de son établissement dans les IVAL, notamment. « Il faut essayer de comprendre les forces et les faiblesses de l’établissement », insiste Thierry Bossard. « Les Ival peuvent être un véritable outil de pilotage, car on va travailler sa marge de progression par rapport aux lycées comparables », ajoute Joël Lamoise. « Les Ival peuvent faire rebondir un établissement. Notamment lorsque le proviseur travaille avec le Dasen (Directeur académique des services de l’éducation nationale) à trouver des solutions adaptées aux profils des élèves du lycée », soutient aussi Fabienne Rosenwald.

Aide aux devoirs, travail à la maison : stimulation à tous les étages…

Parmi les mesures permettant à un lycée de progresser figure en premier lieu l’accompagnement personnalisé des élèves. « Au lycée Romain Rolland, nous avons, par exemple mis en place un temps d’aide aux devoirs où des enseignants épaulent les élèves dans une discipline qui n’est pas leur spécialité. Un enseignant d’EPS les aide par exemple, en sciences physiques. Cela permet d’expliquer les notions de manière différente », décrit Thierry Dinard. « Nous organisons aussi un accompagnement personnalisé par groupes de niveaux pour permettre aux meilleurs élèves de continuer à progresser et aux autres d’avancer », poursuit-il. « Dans d’autres établissements, on met en place des cours du soir, un tutorat des élèves par des étudiants, des sessions de travail pendant les vacances », décrit Joël Lamoise. A chaque lycée, sa solution donc.

Autres points communs des lycées qui ont progressé : Ils cherchent toujours à stimuler les élèves. « Il faut notamment porter une attention particulière aux devoirs des élèves à la maison », insiste Thierry Bossard. Un avis partagé par Thierry Dinard : « Nous exigeons un travail régulier des élèves à la maison : exercices de mathématiques, études de cas en histoire-géographie, étude d’une œuvre littéraire… », explique-t-il. Et les enseignants sont invités à maintenir l’attention des élèves en éveil : « Nous les incitons à multiplier les formes d’apprentissages ». Au lycée Romain Rolland, certains enseignements sont également dédoublés, comme ceux de langues vivantes, par exemple. « Cela permet aux élèves de prendre davantage la parole et d’exprimer plus facilement leurs difficultés », commente Thierry Dinard.

Améliorer le climat scolaire, un impératif

Mais pour permettre aux élèves de travailler, encore faut-il leur assurer une ambiance sereine dans l’établissement. En mettant dans un premier temps l’accent sur la discipline. « Dans ce domaine, il faut veiller à la cohérence entre les règles et les sanctions. Une même faute doit donner lieu aux mêmes sanctions, quel que soit le professeur », affirme Thierry Bossard. Et si le lycée Romain Rolland faisait autrefois parler de lui pour des incidents, ce n’est plus le cas aujourd’hui : « Le CPE veille toujours à expliquer à un élève qui a commis un écart de comportement, la portée de son acte et l’éventuelle sanction dont il écope », précise Thierry Dinard.

Enfin, pour devenir un lycée « désirable », il doit donner envie aux élèves d’y être inscrit. Notamment, en proposant différentes activités artistiques (musique, théâtre…). « Il faut donner à l’élève un sentiment d’appartenance au lycée, en le faisant participer aux journées portes ouvertes ou à la création d’une fresque, par exemple », estime Joël Lamoise. Et s’appuyer aussi sur les anciens pour asseoir la réputation du lycée. « On organise la visite d’anciens élèves qui viennent montrer à nos élèves que l’on peut réussir quand on vient de banlieue », souligne Thierry Dinard. » Ça leur donne parfois envie de s’inscrire dans des filières auxquelles ils n’auraient jamais osé postuler auparavant », ajoute Joël Lamoise.

Et pour que la nouvelle réputation du lycée se bâtisse ensuite, rien de tel que l’aide des parents d’élèves. « Il faut notamment présenter les bons résultats du lycée aux Ival  aux réunions de parents d’élèves et les mettre en valeur sur le site internet du lycée », suggère Thierry Brossard. Une stratégie que suit aussi Thierry Dinard au lycée Romain Rolland : « Je rencontre régulièrement les fédérations de parents afin de les tenir au courant des améliorations pédagogiques. Et le bouche-à-oreille fait le reste ».

Delphine Bancaud

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