Allemagne : Angela Merkel, chancelière du monde

0
304

Depuis l’élection de Donald Trump, les yeux sont rivés sur la chancelière allemande qui doit désormais incarner le leadership d’un monde qui vacille.

Ils sont loin les temps où l’Allemagne, privée de sa pleine souveraineté, était un nain politique dans la peau d’un géant économique. Depuis la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle du 8 novembre aux États-Unis, Angela Merkel apparaît comme le seul ancrage solide.

Elle tient tête à Trump

Elle ne peut guère compter sur François Hollande qui n’en a plus que pour quelques semaines à l’Élysée. L’issue incertaine des élections françaises inquiète les Allemands. Ils redoutent l’effondrement de la construction européenne de l’après-guerre si les populistes arrivent au pouvoir en mai en France ou en mars aux Pays-Bas. Entre Donald Trump qui prêche l’isolationnisme et le protectionnisme aux États-Unis, l’autoritaire Erdogan en Turquie, les Britanniques en train de claquer la porte de l’Union européenne, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker décrédibilisé, et le retour annoncé de la crise grecque, voilà Angela Merkel investie de nouvelles responsabilités, et pas des moindres. L’historien britannique Timothy Garton Ash n’hésitait pas récemment à lui coller l’étiquette de « leader du monde libre », une fonction généralement attribuée au président des États-Unis et le New York Times la sacrait « dernier défenseur des valeurs humanistes ».

Lors de la 53e Conférence sur la sécurité qui vient de s’achever à Munich, Angela Merkel a montré qu’elle était prête à endosser cette nouvelle mission qui lui a implicitement été confiée. Calme, mais ferme, elle a commencé à tenir tête à Donald Trump. Là où le nouveau président américain mise sur le bilatéralisme et juge l’Otan « obsolète », elle prône le multilatéralisme et des partenariats tous azimuts. Là où Trump s’exclame « America first ! », Merkel explique qu’« aucune nation ne peut résoudre à elle seule les problèmes de ce monde ». Quand Trump juge que le Brexit est « une excellente idée », Merkel répète à Munich qu’elle déplore la décision des Britanniques de quitter l’Union européenne. Et quand Trump ferme provisoirement les frontières de son pays aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, Merkel exige une coopération accrue avec le monde musulman. Elle n’hésite pas à critiquer ouvertement le décret du président américain. Celle qui, en 2015, a ouvert les portes de son pays à plus d’un million de réfugiés estime que même la nécessaire bataille contre le terrorisme ne justifie pas de placer sous soupçon généralisé des gens d’une origine ou d’une religion particulière.

Doyenne aux pieds d’argile ?

Voilà deux visions du monde qui ne sauraient être plus diamétralement opposées. Angela Merkel tient tête. « La chancelière est du bon côté de l’histoire », avait déclaré Barack Obama à Berlin lors de ses adieux à son « amie Angela » avant la passation des pouvoirs à Washington. Il n’est pas le seul à voir dans la chancelière allemande la dernière représentante des valeurs humanitaires fondatrices des démocraties occidentales, un nouveau leader « investi d’une responsabilité historique ». Au pouvoir depuis douze ans, Angela Merkel est la doyenne des dirigeants de la communauté internationale. Une longévité politique dont elle tire une grande expérience. Son sang-froid légendaire et son pragmatisme à toute épreuve ont déjà fait leurs preuves dans la crise de l’euro et dans la crise grecque. Formée au modèle allemand de la coalition et du « partenariat de conflit », Angela Merkel sait arrondir les angles et gérer les conflits en évitant la confrontation ouverte. Un savoir-faire qui risque de lui être utile face au sanguin Donald Trump.

Beaucoup de responsabilités pour une seule femme. Angela Merkel a beau être à la tête de la démocratie et de l’économie la plus stable en Europe, elle ne peut porter une telle charge sur ses seules épaules. Bien consciente des attentes qui pèsent sur elle, elle a rappelé avec humilité le soir où elle a annoncé qu’elle se représenterait pour un quatrième mandat aux élections du 24 septembre prochain qu’elle ne pourrait pas faire de miracles et que les problèmes et les crises devraient être réglés d’un commun accord avec d’autres partenaires. « Ensemble, nous serons plus forts », ne se lasse-t-elle pas de répéter. D’autant que la géante allemande a peut-être des pieds d’argile. La forte et soudaine popularité de Martin Schulz, son nouveau rival social-démocrate, inquiète l’entourage d’Angela Merkel. Si, il n’y a pas très longtemps, tout le monde prenait pour acquise sa victoire le 24 septembre, personne à Berlin ne se hasarde plus aujourd’hui à faire des pronostics.

lepoint.fr

AUCUN COMMENTAIRE

REPONDRE