Quelques jours après la victoire du Cameroun face à l’Égypte en finale de la CAN, le sélectionneur belge des Lions indomptables raconte à Jeune Afrique comment son équipe a pu remporter la coupe, alors que personne n’y croyait – sauf eux.

Jeune Afrique : Vous avez gagné beaucoup de titres en tant que joueur, puis comme entraîneur, mais celui de champion d’Afrique 2017 a-t-il un goût particulier ?

Hugo Broos : Oui. Pour deux raisons. D’abord, l’extraordinaire ferveur du peuple. Je m’attendais à quelque chose d’assez extraordinaire, mais pas à ce point. Mes adjoints camerounais m’avaient prévenu, et j’ai compris. À notre arrivée à Yaoundé, j’ai eu l’impression que toute la ville était dehors. On a mis quatre heures pour effectuer le trajet entre l’aéroport et notre hôtel. Les gens dansaient, riaient, chantaient. Puis il y a eu la réception au Palais présidentiel, et un nouveau tour de la ville. J’ai gagné des titres en Belgique, mais ils ne sont pas fêtés comme ça ! Et puis, quand tu es au FC Bruges ou à Anderlecht, tu joues pour gagner des titres. Avec le Cameroun, c’était différent. Personne ou presque n’imaginait nous voir remporter la CAN.

Même pas vous ?

Mon objectif, c’était d’atteindre les quarts de finale. Certains disaient qu’on ne passerait pas le premier tour. Je crois qu’il s’est passé quelque chose lors de notre quart de finale face au Sénégal, un des favoris (0-0, 5-4 aux tirs au but). On a souffert, mais on a réussi à se qualifier. Et à partir de ce moment, on s’est mis à croire au titre. Car il règne dans cette équipe un incroyable état d’esprit : ce ne sont pas 23 joueurs, ce sont 23 amis ! Il faut les voir ensemble pour le croire. Ils ont des qualités de footballeurs, bien sûr, mais aussi une mentalité exemplaire, et c’est ce qui a sans doute fait la différence. Regardez Nkoulou ou Aboubakar, qui sont pourtant des anciens : ils n’étaient pas souvent titulaires, et pourtant, leur comportement a été parfait.

Vous avez fait des choix forts, depuis votre nomination début 2016. Certains cadres (Kameni, Mbia, Bedimo, Chedjou notamment) n’étaient pas au Gabon…

Je vais être très clair : quand je suis arrivé, j’ai constaté que la moyenne d’âge était assez élevée. Pour préparer l’avenir, il fallait s’intéresser à des joueurs plus jeunes. Mais il y avait aussi des problèmes de mentalité. Quand on voit que des joueurs, qui apprennent qu’ils ne vont pas être titulaires lors de certains matchs, négocient avec le team manager pour avancer leur date de départ, ça ne va pas. On m’a raconté qu’avant mon arrivée, des joueurs allaient voir le coach pour lui dire qu’ils ne voulaient pas évoluer avec untel ou untel. Et que parfois, certains ne s’entraînaient quasiment pas de la semaine, ce qui ne les empêchaient pas de jouer. J’ai donc mis l’accent sur la discipline. Si on l’accepte, on se range derrière moi et on travaille. Sinon, ce n’est pas la peine de venir…

Huit joueurs ont fait défection avant le début de la CAN. Ont-ils des chances de rejouer en sélection tant que vous êtes là (a priori jusqu’en février 2019) ?

Là encore, je vais être très clair : la porte n’est fermée à personne. Mais ceux qui ont décidé de rester avec leur club, un choix que je respecte, doivent savoir une chose : je ne prendrai pas contact avec eux. S’ils envisagent de rejouer avec les Lions, il faudra bien sûr qu’ils soient performants en club, mais aussi qu’ils prennent contact avec moi. Et il y aura une discussion franche. Parce que je ne veux pas que dans deux ans, quand le Cameroun organisera la CAN, ils viennent me dire un mois plus tôt qu’ils préfèrent rester en Europe.

Le Cameroun est devenu champion d’Afrique avec une équipe en reconstruction. Cela va forcément augmenter la pression qui pèse sur elle…

Il ne faut pas oublier que le Cameroun restait sur deux Coupes du monde ratées (2010 et 2014), sur une élimination au premier tour de la CAN en 2015 et qu’il en était absent en 2012 et 2013… J’ai un effectif relativement jeune, et je vais continuer à essayer de nouveaux joueurs. De ce fait, j’estime que si le Cameroun ne se qualifie pas pour la Coupe du monde 2018, ce ne sera pas une catastrophe. On va tout faire pour y aller, mais dans notre groupe, le Nigeria compte cinq points d’avance sur nous. Nous allons affronter cette équipe deux fois fin août et début septembre. Il faudra prendre au moins quatre points avant d’accueillir l’Algérie en octobre. Mais il faut laisser un peu de temps à cette équipe, qui va devoir digérer ce titre. Il y des joueurs qui sont arrivés récemment en sélection : Djoum, També, Bassogog… Ce sera intéressant d’observer leur comportement lors de la Coupe des Confédérations en juin prochain, en Russie.

Depuis votre arrivée, la presse camerounaise est particulièrement dure avec vous. Les relations sont-elles plus apaisées depuis le 5 février ?

Forcément, toutefois je n’oublie pas ce qui a été dit et écrit. Je ne lis pas la presse locale, mais mes adjoints me rapportaient les titres. J’ai donc dit à certains journalistes que je voulais bien pardonner, mais que je n’oubliais pas. Ils n’ont pas été corrects. Ces derniers jours, ils ont changé d’attitude. Mais je ne me fais aucune illusion : si ça se passe mal face au Nigeria dans six mois, ils ne me rateront pas…

Alexis Billebault

AUCUN COMMENTAIRE

REPONDRE