A Hollywood, les prises de position se multiplient contre le président Donald Trump depuis la signature de son décret anti-immigration. Mais la mobilisation du monde de la culture et du divertissement contre le milliardaire ne date pas d’hier. De leur soutien à Hillary Clinton lors de la campagne à leur refus de participer à son investiture, nombre de célébrités s’opposent vigoureusement au nouveau président américain.

Le week-end dernier, les cérémonies de remises des prix du syndicat des producteurs (PGA) et de celui des acteurs (SAG) du cinéma américain, ont pris une tournure surprenante. Elles sont devenues de véritables tribunes, davantage consacrées à la situation politique du pays qu’aux habituels remerciements de convenance.

Lors des PGA awards, samedi soir, c’est le chanteur John Legend, producteur de La La Land, qui a ouvert les hostilités : « Nous sommes la voix, le visage de l’Amérique. (…) Notre vision de l’Amérique est diamétralement opposée à celle du président Trump et je veux ce soir particulièrement rejeter sa vision et affirmer que l’Amérique doit se montrer meilleure que cela ».

Le lendemain, aux SAG awards, cette fois-ci, de nombreuses célébrités lui ont emboîté le pas, à commencer par Ashton Kutcher, « vous qui êtes dans les aéroports, vous appartenez à l’Amérique, nous vous aimons et nous vous accueillons », suivi d’Emma Stone, de Julia Louis-Dreyfus ou des vedettes de plusieurs séries à succès comme Orange is the New Black ouStranger Things. Dont l’un des acteurs n’a pas hésité à déclarer : « Comme nos personnages, nous rejetterons les tyrans, nous abriterons les fous et les exclus et nous chasserons les monstres. Lorsque nous serons confrontés à la violence d’institutions et d’individus, on leur cassera la gueule. »

Indignés ou émus, tous s’en sont pris à la décision du président Trump d’interdire l’accès au sol américain aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane. Dans la foulée, ce mardi 31 janvier, deux des plus influents syndicats de l’industrie du cinéma, la Directors guild of America (DGA) et la SAG-AFTRA, ont officiellement condamné, via communiqués, une « politique d’immigration mal avisée », louant au passage « l’égalité des chances » et des « échanges artistiques ouverts ».

Il faut dire que depuis sa signature, samedi 28 janvier, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ce décret. Et nombre d’entre elles proviennent du show-business et des milieux artistiques. Sur les réseaux sociaux, des acteurs comme Mark Ruffalo (Avengers, Shutter Island), Mark Hamill (Star Wars) ou Alyssa Milano, la chanteuse Miley Cyrus ou encore le réalisateur Michael Moore ont manifesté leur colère contre cette décision et leur soutien aux immigrants. Tout comme Bruce Springsteen lors d’un concert à Adélaïde, en Australie, ce lundi.

Des Oscars sans Farhadi

Première victime de cette décision dans le milieu du 7e art : le réalisateur iranien Asghar Farhadi, dont le film Le Client est nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger. Le cinéaste a fait savoir que même si il bénéficiait d’une exemption de décret, il renonçait à se rendre à la cérémonie, dénonçant une mentalité qui lui rappelle celle des tenants de la ligne dure dans son propre pays : « Instiller la peur de l’autre est un des moyens préférés pour justifier des comportements extrémistes et fanatiques par des gens étroits d’esprit ».

L’Académie des Oscars, elle, a jugé « extrêmement inquiétante » l’interdiction décrétée par Donald Trump, soulignant qu’Asghar Farhadi, ainsi que toute l’équipe du film, pourraient se voir interdire d’entrée sur le territoire. La vedette féminine du film, Taraneh Alidoosti a, elle, d’ores et déjà prévenu qu’elle ne viendrait pas, pour les mêmes raisons que le réalisateur.

Scarlett Johansson, Madonna, Meryl Streep…

Si les passions sont particulièrement vives dans les milieux culturels depuis la signature du décret, l’opposition farouche d’Hollywood et de nombre de célébrités à Donald Trump s’est déjà manifestée au lendemain de l’investiture du nouveau président. Lors de la marche des femmes organisée à Washington, l’actrice Scarlett Johansson a défendu le planning familial et le droit à l’avortement, que Donald Trump avait remis en cause lors de sa campagne. La chanteuse Alicia Keys, elle, a slamé un texte féministe aux accents révolutionnaires.

Le discours le plus virulent est néanmoins venu de Madonna, qui, après avoir insulté les détracteurs de la marche, a confié avoir « songé à de nombreuses reprises à faire exploser la Maison Blanche ». « Mais je sais que ça ne changera rien, a-t-elle clamé. Nous ne devons pas laisser le désespoir gagner. » Des propos que la chanteuse de 58 ans a dû rapidement justifier.

Ces prises de position, quoiqu’avec moins de grâce et de style, font écho à un autre discours de star : celui de Meryl Streep lors des Golden Globes début janvier, qui, sans le citer, a vivement critiqué le comportement de Donald Trump, notamment à l’égard d’un journaliste handicapé dont il s’était ouvertement moqué. « Le manque de respect pousse au manque de respect, la violence invite à la violence. Et quand les puissants abusent de leur position pour humilier les autres, nous sommes tous perdants. »

La réponse du principal intéressé ne s’est pas fait attendre. Dans une série de tweets, Donald Trump s’en est pris à l’actrice. « Meryl Streep, l’une des actrices les plus surestimées de Hollywood, ne me connaît pas mais m’a attaqué hier aux Golden Globes. C’est un laquais de Hillary qui a perdu gros. »

Avec ce discours plein d’émotion, Meryl Streep est devenue le porte-voix de ce conflit ouvert entre le gratin d’Hollywood et Donald Trump. Déjà lors de la campagne présidentielle, les soutiens du milliardaire provenant des milieux artistiques se comptaient sur les doigts de la main, quand beaucoup se rangeaient derrière la candidate démocrate Hillary Clinton. La difficulté de l’équipe de Trump pour trouver des stars lors de sa cérémonie d’investiture en est d’ailleurs un exemple frappant.

Refus et soutiens

Selon plusieurs médias américains, l’équipe Trump a essuyé les refus de Céline Dion, Justin Timberlake, le groupe Kiss, Katy Perry, Elton John ou Moby, avant de se tourner vers Jackie Evancho pour chanter l’hymne national. L’adolescente, inconnue du grand public, s’est fait remarquer dans le télé-crochet America’s Got Talent. Après Aretha Franklin ou Beyoncé lors des deux cérémonies d’investiture de Barack Obama en 2009 et 2013, difficile pour la jeune fille de tenir la comparaison.

Néanmoins, Donald Trump n’est pas entièrement isolé dans le milieu du show-business. Le catcheur Hulk Hogan, l’acteur et père d’Angelina Jolie Jon Voight, l’ancienne star du basket Dennis Rodman, l’ex-boxeur Mike Tyson ou encore le réalisateur Clint Eastwood lui ont accordé leur soutien. Kanye West a également surpris en déclarant que, s’il avait voté, il aurait voté Trump. Mais aujourd’hui, les voix de ces stars sont peu audibles. D’abord parce qu’elles ne se sont guère manifestées depuis que le président Trump a élu domicile à la Maison Blanche, et ensuite parce que les anti-Trump sont autrement plus actifs et visibles.

Pour autant, si Michael Moore, manifestant au pied de la Trump Tower la veille de l’investiture du nouveau président des Etats-Unis, disait espérer « le faire démissionner », l’influence réelle de ces célébrités dans le champ politique pose question. La mobilisation sans précédent des stars contre Donald Trump lors de la campagne présidentielle, à grand renfort de vidéos-chocs, n’a, de toute évidence, pas modifié le résultat de l’élection.

Hollywood contre l’un des siens

Car, paradoxalement, c’est bien une personnalité d’Hollywood qui a été élue à la tête du pays, propriétaire des concours Miss Univers et Miss USA, producteur de l’émission de téléréalité The Apprentice. Mais c’est précisément là que se trouve le cœur du problème, selon Seth MacFarlane, le producteur de la série Family Guy : « Vous voulez savoir pourquoi tant de gens d’Hollywood détestent Trump ? Parce que nous vivons et travaillons avec des gens de son espèce tous les jours », a-t-il déclaré sur Twitter.

« Ses stratégies sont celles employées par les agents, les avocats et les publicitaires les plus sournois. Nous avons appris à reconnaître le spectacle bravache d’un menteur, parce que nous y faisons face au quotidien dans notre milieu. (…) La plupart d’entre nous adorons l’Amérique et nous ne voulons pas que l’Amérique se fasse arnaquer comme beaucoup d’entre nous l’ont été. Trump est de Hollywood. Et c’est ça le problème. »

Par Baptiste Condominas

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