Sommet de l’UA : crispations autour du retour programmé du Maroc

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La demande d’adhésion du Maroc à l’Union africaine sera étudiée lundi lors du 28e sommet des chefs d’État de l’UA. À Addis-Abeba, le retour programmé du royaume crée de fortes tensions.

Le royaume du Maroc sera-t-il le 55e État de l’Union africaine à l’issue du 28e sommet de l’organisation qui se déroule les 30 et 31 janvier à Addis-Abeba ? Théoriquement, ce retour devrait être une formalité. Mais, alors que la question sera abordée lundi après-midi lors du huis-clos des chefs d’État, rien de semble joué.

Le 26 janvier, le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, s’est entretenu avec la présidente la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma, pour faire « le point sur la requête soumise par le Maroc pour accéder à l’Acte constitutif de l’Union africaine et se joindre à l’Union », a précisé un communiqué daté du 28 janvier.

« La présidente a mis le ministre et sa délégation au courant des étapes déjà entreprises, conformément aux procédures prévues à l’acte constitutif. La présidente a informé le ministre que la requête du Maroc a été inscrite à l’ordre du jour du sommet des chefs d’État et de gouvernement, après réception du nombre de réponses requis de la part des États membres de l’Union africaine. La décision sera officiellement communiquée au royaume du Maroc à l’issue du Sommet prévu les 30 et 31 janvier 2017 », précise le communiqué.

42 soutiens pour le Maroc

Le texte officialise donc que la demande du Maroc a recueilli le nombre suffisant d’avis favorables. Pour être intégré à l’UA, un pays doit recueillir une majorité simple, soit 28. La diplomatie marocaine assure en avoir reçu 42.

Pourtant, le huis-clos des chefs d’État s’annonce moins limpide. Dans les couloirs de l’AU Center, les rumeurs les plus folles circulent depuis plusieurs jours. « Nous nous attendons à ce que certains pays tentent de retarder le processus », estime une source diplomatique marocaine. Les interventions de l’Algérie, l’Afrique du Sud et les pays de l’Afrique australe soutenant la République arabe sahraoui démocratique (Rasd) seront particulièrement attendues.

Si le Maroc ne pose plus comme condition la suspension de la Rasd de l’UA, il se peut que certains pays tentent de soulever des objections d’ordre juridique. « Nous sommes vigilants. Nous attendons le rapport que Mme Zuma doit présenter sur la question. Si, par exemple, il est fait référence à l’article 42 de la Constitution marocaine (qui fait mention des « frontières authentiques » du royaume), cela soulèverait des problèmes juridiques. Dans le cas contraire, le Maroc sera le bienvenu en tant que 55e État », explique un diplomate algérien.

Le 13 novembre, dix pays ont sollicité l’avis du conseiller juridique intérim de l’UA afin qu’il « donne son avis juridique sur des questions relatives à l’admission du Maroc ». Selon un document de l’UA que Jeune Afrique a pu consulter, les pays concernés sont le Lesotho, le Nigeria, l’Algérie, l’Ouganda, le Malawi, le Mozambique, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Soudan du Sud et le Zimbabwe. Ils ont interrogé le bureau sur sept points ; celui-ci a répondu à l’ensemble des pays membres dans un document de onze pages daté du 27 janvier que Jeune Afrique s’est procuré.  Le texte conclut notamment que si les questions posées par les dix pays « soulèvent des inquiétudes fondamentales », la décision d’accepter la demande marocaine revient in fine aux chefs d’État.

Éviter les couacs

« À partir du moment où le Maroc a ratifié l’acte constitutif de l’UA, il ne devrait plus avoir d’obstacle. Mais c’est un dossier éminemment politique qui n’a rien à voir avec l’adhésion du Soudan du Sud en 2011 », explique un diplomate ouest-africain de l’UA.

Présente à Addis depuis près d’une semaine, la diplomatie marocaine multiplie les entretiens bilatéraux avec ses soutiens pour s’éviter toute mauvaise surprise. La présence du roi Mohammed VI, qui séjourne dans la capitale éthiopienne depuis samedi, est venue appuyer cette démarche. Dimanche soir, le roi a organisé un cocktail dans un grand hôtel d’Addis-Abeba où 42 délégations étaient représentées – sur 47 pays invités, selon des officiels marocains.

La présence du roi sera-t-elle décisive ? « Sans doute, répond un membre de la Commission, l’Éthiopie veut absolument que le retour du Maroc se fasse chez elle. Les Éthiopiens ont pris l’initiative d’inviter Mohammed VI et ne veulent pas d’un couac. »

Michael Pauron  Vincent Duhem

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