Les chroniques d’Oum Zaza : ces petits surnoms qu’on donne à nos enfants

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Les surnoms. Une pratique universelle, que ce soit dans nos sociétés occidentales ou ailleurs, tout le monde rebaptise les enfants à l’aide de petits surnoms parfois tendres, parfois moins. Voici un article pour prendre du recul et se rendre compte des conséquences que cela peut avoir sur nos chers bambins au fil du temps…

Les p’tits noms « gentils »

« Oh ma princesse, viens que je te regarde de plus près… » (Hana, 12 ans, venant de se coiffer)
« Mon bébé, viens me faire un bisous » (Samir, 8 ans, à la sortie des classes)
« Ah !!! ça : c’est mon sportif à moi ! » (Jean, 5 ans, après avoir réussi à rattraper son ballon au parc)

Après vous avoir cité quelques exemples, imaginez vous maintenant être à la place de chacun de ces enfants. Quelle serait votre réaction si votre employeur, par exemple, lançait lors d’une réunion de service « Emira ? C’est notre calculatrice ! Elle compte incroyablement bien !! » ? Hey bien vous seriez fière et vous vous efforceriez de démontrer ce talent lors de multiples situations. C’est quelque chose qui vous rend « spéciale » et au début vous appréciez cela alors vous en jouez inconsciemment. Mais cela peut vite devenir pesant, voire étouffant : « Emira, je suis sur une fiche de paye, combien font 1710 euros BRUT – 867 euros d’absences injustifiées… » AU SECOOUUUURRSS !

Chacun répond instinctivement aux surnoms, et il est indéniable qu’ils affectent le développement des enfants. Hana, notre premier exemple, se compare depuis toute petite aux princesses des dessins animés, et en grandissant, elle se regarde énormément, se trouve belle, recherche toujours des accessoires qui répondront aux « attentes » de sa mère, à 18 ans sa mère l’appelle toujours ainsi (pour aller dans l’extrême), et Hana se conduit comme telle, n’aidant pas aux tâches ménagères, attendant qu’on lui mâche tout, qu’on l’accompagne partout, toujours impeccable sur elle, mais lasse de tout, et de tout le monde…

Lorsqu’on appelle son enfant à l’aide de « pseudo » tels ceux cités ci-dessus, l’enfant comprend que c’est ce que vous attendez de lui. Jean souhaite que ses parents soient fiers de lui en leur prouvant que le petit nom qu’ils lui donnent est mérité. Il est possible que ça lui corresponde, il est également probable qu’il se force sans que vous vous en rendiez compte. Un p’tit garçon qui va alors trouver dans toutes les situations du quotidien un moyen de vous prouver qu’il est super sportif ! Car quoi de plus gratifiant et de plus doux que la fierté et l’amour de ses parents ?

Quant à Samir, je pense que vous avez compris les conséquences que cela risque d’entraîner. Nous parlons ici bien évidemment des surnoms qui sont répétés constamment et non d’un surnom donné de manière ponctuelle, suite à une situation insolite ou cocasse. Que les choses soient claires, il ne s’agit pas non plus de noms doux comme « mon trésor » ou « ma chérie », mais bel et bien de surnoms qui peuvent bien souvent orienter certains traits de caractère d’un enfant. A vous de juger si le (ou les) surnom(s) donné(s) à vos enfants leur accorde(nt) une liberté totale d’esprit et d’agissement.

Nous devons les entourer d’amour, les encadrer grâce à une éducation sociale et religieuse, mais nous ne devons pas interférer dans leur développement. Ils devront se servir de ce qu’on leur donne, mais nous ne devons pas façonner leur caractère, les amener là où nous aimerions qu’ils aillent (sport, études…). Et prenons garde à ne pas nous servir de certains surnoms « flatteurs » pour manipuler leurs choix une fois plus grands.

« Mon scientifique à moi, ma fierté » PRÉFÉREZ « Tu as vraiment vraiment du talent en sciences, envisages-tu de continuer dans ce domaine ? »
« Ma beauté, tu es vraiment la plus belle » PRÉFÉREZ « Comme toutes les mères ont dû le dire à leur fille, je trouve que tu étais la plus belle ! »
« Une vraie petite maman, tu es vraiment faite pour travailler avec les enfants ! » PRÉFÉREZ « Tu es vraiment à l’aise avec les enfants, et tu semble apprécier leur compagnie. »

Les p’tits noms « négatifs »

« Ma petite grassouillette d’amour » (Lahna, 18 mois, en sortant du bain)
« Attention l’arnaqueuse arrive ! » (Soukeïna, 4 ans, arrivant dans le salon avec le sourire)
« Et voilà le râleur qui recommence… » (Mohamed, 9 ans, boudant parce qu’il voulait aller voir le match de son frère)

Après ces trois exemples, imaginez que l’on s’adresse à vous ainsi. On oublie trop souvent que les enfants sont des êtres à part entière, et qu’ils sont en construction. Si, en tant que parent, nous leur donnons des briques cassées ou triangles, leur maison (personnalité, foi, caractère…) aura des failles, que l’on pourra certes revoir, mais jamais récupérer de manière « parfaite ». C’est pourquoi, en l’occurrence, il est impératif de ne pas donner de surnom « péjoratifs » à nos enfants.

Comme pour le pseudo « gentil », l’enfant va y répondre inconsciemment. Soukeïna va entrer dans le jeu et passera son temps à vouloir vous faire rire, à faire des petits mensonges rigolos, à cacher des choses, des objets. Jusqu’au jour où ça ne fera plus rire personne, et où ce petit jeu va se retourner contre elle.

Mohamed, quant à lui ne fera jamais l’effort de faire autre chose que bouder, après tout, vous vous y attendez tellement que ce n’est pas dramatique, c’est un confort pour tout le monde : Mohamed le boudeur restera le boudeur, on le sait, on fait avec, et personne ne fait d’efforts pour que ça change !

Quant à Lahna, bébé grassouillet, elle a une chance de ne pas garder cette étiquette si elle s’affine, mais si elle reste « potelée », les frères et sœurs, les parents, les grands parents risquent de la blesser continuellement une fois plus grande, même si elle ne le montre pas. Une blessure qui restera, même une fois adulte, et qui lui offrira comme héritage de jolis complexes ! Pour ces p’tits noms « négatifs », nous irons même plus loin que le chapitre précédent en disant qu’il faut les éviter même pour imager UNE situation, le piège étant trop facile… Voici quelques exemples pour illustrer certains pièges à éviter :

« Rachida, la maladroite de service, elle il faut lui donner un verre en plastique ! » PRÉFÉREZ « Rachida, quel verre préfères-tu ? Et que souhaites tu boire pour le goûter ? »
« Ah toi, le comédien, ça suffit, je n’ai pas besoin de ça aujourd’hui ! » PRÉFÉREZ « Je suis vraiment fatiguée aujourd’hui, j’ai besoin d’un temps calme, je te propose qu’on en parle calmement après le repas. »
« Ma petite perle fragile, on t’a encore embêté n’est ce pas ? » PRÉFÉREZ « Aurélie, qu’est ce qui te rend tristounette, explique moi ? »

Abou Hourayra (رضي الله عنه) éprouvait beaucoup d’affection pour les animaux, et plus particulièrement pour les chatons : Il en garde d’ailleurs constamment un en sa compagnie ; le prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui a donc donné ce surnom : « le père des chatons ». Khalid (paix sur lui) a été surnommé Sayf el islam, l’épée de l’Islam, un surnom tellement honorable.

Un petit jeu pour terminer, quel est le surnom que l’on vous a donné enfant et qui vous a le plus marqué ? Et avez vous l’impression qu’aujourd’hui encore, vous agissez par rapport à ça ? Que ce soit un surnom positif ou négatif ?

ajib.fr

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