Présence policière, détecteurs de métaux, barbelés… Un an après le raid meurtrier d’Aqmi, la capitale burkinabè joue la carte sécuritaire pour rassurer la population et les visiteurs étrangers.

Vu de loin, on pourrait croire que rien n’a changé. Façade blanche immaculée, 4 × 4 rutilants garés près de l’entrée, le Splendid Hôtel trône toujours fièrement sur l’avenue Kwame-Nkrumah, l’un des axes les plus empruntés du centre de Ouagadougou. On en oublierait presque qu’il y a un peu moins d’un an, le 15 janvier, cet établissement quatre étoiles était dévoré par les flammes lors du raid meurtrier d’Aqmi qui a ensanglanté la capitale.

Les murs noirs de suie, les vitres soufflées par les explosions, le hall d’entrée presque entièrement détruit ont été rapidement restaurés. Mais aujourd’hui trois policiers lourdement armés veillent devant l’hôtel. Et, avant d’atteindre la réception, les sacs sont systématiquement fouillés.

Conjurer l’horreur

Juste en face, le restaurant Le Cappuccino, dont la terrasse avait été prise pour cible, n’a lui pas encore rouvert. Peut-être parce que le traumatisme y est encore plus fort. Les Ouagalais n’ont pas oublié les mares de sang, la trentaine de corps abattus, absurdement disséminés au milieu des motos calcinées, des pizzas et des bouteilles de soda. Le patron, absent le soir du drame, a perdu plusieurs membres proches de sa famille.

Il envisagerait néanmoins d’ouvrir, au même endroit, un nouveau lieu de restauration… Une manière, peut-être, de conjurer l’horreur. « Il faut continuer de travailler, nous n’avons pas peur », lâche crânement le gérant du Taxi Brousse, à quelques mètres, où les jihadistes avaient été abattus.

Tout autour du bar, quelques phrases ont été peintes sur des panonceaux : « Je suis Splendid », « Je suis Cappuccino », « Vous resterez à jamais dans notre cœur et dans notre pensée ». Et si le gérant affirme ne pas craindre une nouvelle attaque, le soir venu, les clients n’affluent plus aussi nombreux pour boire une Flag et regarder les filles légères se trémousser autour des tables.

Ville quadrillée

Car Ouagadougou n’a pas fini de panser ses plaies, et tente par tous les moyens de prévenir de nouvelles attaques ou au moins de rassurer les visiteurs. Aux alentours du Splendid Hôtel, des voitures de police patrouillent régulièrement. Au-delà, ce sont sans surprise les points névralgiques de la ville, les bâtiments clés du pouvoir ainsi que les zones fréquentées par les touristes et les expatriés qui sont placés sous la vigilance des forces de l’ordre.

À l’aéroport, des hommes en armes accueillent les voyageurs, les soumettent au détecteur de métaux et inspectent les bagages, avant que le personnel du lieu prenne le relais avec une vigilance accrue. Au total, les sacs transportés en cabine sont ainsi fouillés trois fois avant l’embarquement. Symbole fort, des barbelés sont venus fleurir les hauts murs de l’Institut français quelques jours avant l’ouverture du festival Danse l’Afrique danse !, le 26 novembre.

La capitale n’a pas été placée en zone rouge, « formellement déconseillée » par les autorités françaises, contrairement à la bande frontalière avec le Mali et la région est touchant au Niger. En revanche, le site du ministère des Affaires étrangères préconise toujours « une vigilance renforcée » dans Ouaga.

Protéger l’économie

En déployant autant d’efforts pour rassurer les Ouagalais et surtout les visiteurs étrangers, la ville joue en fait sa survie économique. Aucune statistique n’existe encore sur l’impact des événements. Mais un commerçant qui a tenu à garder l’anonymat et dont la clientèle est essentiellement composée d’expatriés nous révélait que son chiffre d’affaires avait diminué d’environ 30 % cette année.

« Il n’y a pas que les étrangers qui sont apeurés, les gens d’ici évitent les endroits où se rendent des Blancs. Et tous, nous avons une appréhension quand on se trouve au milieu d’une concentration de personnes. »

L’homme a calfeutré les murs pour qu’on ne voie pas les clients depuis l’extérieur et a mis en place une sorte de sas de sécurité. « Ces investissements étaient onéreux, mais c’était une demande qui venait de nos habitués, c’était indispensable. »

Comme beaucoup, il espère que 2017 effacera le souvenir des attentats et que la ville retrouvera enfin sa sérénité passée. Déjà, le drame semble lointain pour certains visiteurs. Clément, un homme d’affaires français qu’on interroge devant le Splendid, s’étonne : « Ah ? C’est ici que ça s’est passé ? Je ne savais pas. »

Léo Pajon

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