Une commission gouvernementale birmane chargée d’enquêter sur les violences dans l’Etat de l’Arakan a nié mercredi 4 janvier qu’un génocide était en cours contre les musulmans rohingyas. Toute la région est totalement verrouillée et des dizaines de personnes ont été victimes d’exécutions sommaires, de viols et de tortures.

Depuis octobre, des dizaines de milliers de Rohingyas ont fui une opération de l’armée birmane, lancée en représailles de l’attaque de postes frontières dans cette région par des groupes d’hommes armés. Arrivés au Bangladesh, ces réfugiés ont décrit les exactions de l’armée birmane: viols collectifs, meurtres, tortures…

Un membre des Nations unies, tout comme le Premier ministre malaisien et des lauréats du prix Nobel de la paix, avait alors évoqué une campagne génocidaire. Mais dans son rapport provisoire, la commission mise en place par le gouvernement, a estimé mercredi que la taille de la population musulmane ou encore la présence des mosquées « prouvent qu’il n’y a pas eu de cas de génocide et de persécution religieuse ».

Concernant les allégations de viol sur des femmes rohingyas par des soldats, la commission évoque « des preuves insuffisantes » mais a précisé continuer à enquêter sur les accusations d’autres crimes et torture.

« Manque de crédibilité »

Mais pour Chris Lewa directrice de l’ONG Arakan Project, les conclusions de ce rapport sont très discutables. « La première chose, c’est que ce rapport manque complètement de crédibilité. Déjà la composition de la commission elle-même pose question puisqu’elle était menée par le vice-président de la Birmanie en ce moment, qui est un ancien militaire haut gradé et aussi le chef de la police. Alors que ce sont les militaires et la police qui sont responsables des violations contre les Rohingyas ! »

L’humanitaire critique aussi la méthodologie de l’enquête de la commission. « Elle n’est pas crédible. Elle ne respecte pas du tout l’éthique des standards internationaux. Notre délégation a documenté des dizaines de cas de viols, de meurtres et de tortures. Le gouvernement, en fait, nie en bloc toutes les allégations de violations des droits de l’homme. L’une des références de la commission d’enquête était justement de vérifier les allégations qui avaient été publiées dans la presse internationale. Le rapport n’en parle pas du tout. »

Chris Lewa suggère la formation d’une commission internationale « crédible et impartiale, qui respecte les standards internationaux ».

Considérés comme des étrangers en Birmanie, pays à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas musulmans sont apatrides même si certains vivent dans le pays depuis des générations. Ils n’ont pas accès au marché du travail, aux écoles, aux hôpitaux et la montée du nationalisme bouddhiste ces dernières années a attisé l’hostilité à leur encontre.

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