Alors qu’en France, crier haro sur le voile et la « mode modeste » est dans l’air vicié du temps, à l’échelle de notre vaste monde, l’engouement pour les collections de vêtements « islamiquement corrects » ne se dément pas, au point de se demander si Paris, la capitale de la mode, aurait perdu de son flair légendaire pour humer les tendances…

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, n’en déplaise aux violentes diatribes des esprits chagrins du pays des Lumières, de Pierre Bergé, fondateur de la maison Yves Saint Laurent, à Manuel Valls, l’ex-Premier ministre qui se rêve un grand destin, en passant par les incontournables Cassandre islamophobes de service  : les revenus générés en 2015 par les achats de vêtements modestes faits par les femmes musulmanes ont atteint les 44 milliards $, selon un rapport consacré à l’économie islamique mondiale 2015-2016, mentionné par Thomson Reuters.

Pour faire bisquer un peu plus le Tout-Paris politique et mondain ou dégonfler son indignation très sélective et pleine de morgue, ce même rapport met en lumière que, d’ici à l’horizon 2021, les dépenses musulmanes globales en matière de mode modeste avoisineront les 368 milliards $. La réussite sans frontières de la mode qui n’est pas la bienvenue à l’intérieur de l’Hexagone se résume par un slogan qui fait mouche : « les vêtements peuvent être modestes, pas leur succès ! ».

Marché à fort potentiel, l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, pourrait s’imposer comme la plaque-tournante de la mode islamique d’ici à 2020. C’est en tout cas l’ambition affichée par le gouvernement indonésien, désireux de damer le pion à son plus sérieux et proche concurrent, la Malaisie, où la mode à l’élégance tout en pudeur a effectué une percée remarquable en l’espace de quelques années.

Pour Alia Khan, la grande figure de la mode islamique à Dubaï et présidente de l’agence Design Conseil, dont la vocation est de promouvoir l’industrie de la mode modeste à la surface du globe, la religion joue un rôle important dans l’essor de cette niche économique qui joue désormais dans la cour des grands.

 

Alia Khan

« Les clientes musulmanes choisissent ces lignes de vêtements avant tout pour leur Créateur. Mais elles apprécient également les belles étoffes, les tenues raffinées, voire plus décontractées. La première démarche, emplie de piété, n’est pas antinomique avec une recherche plus esthétique », explique-t-elle, en attribuant à la multiplication des achats en ligne, à l’impact des médias sociaux et à l’influence de la nouvelle génération des Hijabis, ces fashionistas qui revisitent le hijab, la forte augmentation des dépenses pour la mode modeste, de Jakarta, à Kuala Lumpur, en passant par Singapour et le sultanat de Bruneï.

Si on osait, on soulignerait l’intérêt accru des grandes marques non musulmanes (Dolce et Gabbana, Zara, H&M, Uniqlo, Prada…) pour la mode qui a le vent en poupe partout ailleurs, sauf au pays des envolées voltairiennes, de la liberté d’expression et, en théorie, de création… Mais ne risquerait-on pas de déclencher une énième polémique passionnelle dont la France a le secret et détient l’affligeant record ?!

 

Le premier mannequin voilé de H&M

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