A New York, la communauté musulmane du quartier d’Ozone Park se prépare à voter massivement pour Hillary Clinton, afin de barrer la route à un Donald Trump source de peur et d’inquiétude.

 

En cette veille d’élection présidentielle, le quartier d’Ozone Park, niché au coeur du quartier de Queens à New York, retient son souffle en attendant de savoir qui de Hillary Clinton ou Donald Trump accèdera à la fonction suprême. Dans les modestes rues de cette zone pavillonnaire qui compte sept mosquées, l’importante communauté musulmane, largement constituée d’immigrés bangladais, n’a pas oublié les propos controversés du candidat républicain.

“Nous sommes tous des immigrants à Ozone Park. Les gens ont peur de Donald Trump”, lance Lincoln Alam, 24 ans, employé d’une épicerie. “C’est normal d’avoir peur de quelqu’un qui essaie de restreindre vos libertés. Je suis terrifié par cet homme, par sa façon de parler, ses commentaires. Vous pouvez demander à dix personnes dans la rue, ils vous diront tous qu’ils ont peur et qu’ils vont voter pour Clinton. Moi en tout cas, je vous le dis, je voterai pour elle”.

 


“Je suis terrifié par Donald Trump, par sa façon de parler, ses commentaires.” Lincoln Alam, 24 ans.

Le milliardaire aux idées tranchées en matière d’immigration a notamment annoncé vouloir empêcher tout musulman d’entrer sur le territoire américain.

“Nous n’aimons pas Donald Trump et ce qu’il dit”

Devant la petite mosquée Al-Furqan Jame Masjid, Bazlur Rahman, 56 ans, s’apprêtent à aller prier. “Dans ce quartier, il y a à peu près 85 % de musulmans et la plupart d’entre eux voteront pour Hillary Clinton”, explique ce fidèle ayant immigré aux Etats-Unis en 1985. “Cette élection est très pénible. Les gens en parlent tout le temps et vont se mobiliser pour voter car ils ont peur et sont inquiets. Si Donald Trump l’emporte, je pense que l’on ne se sentira plus en sécurité ici”.

 


“La plupart des musulmans d’Ozone Park voteront pour Hillary Clinton.” Bazlur Rahman, 56 ans.

En août, un imam et son assistant, tous deux officiant à la mosquée Al-Furqan, ont été abattus en plein jour à deux pâtés de maison de l’édifice religieux. Un suspect a depuis été arrêté. Si les motivations de leur agresseur restent floues, certains ont interprété cet acte comme une preuve de la montée de l’islamophobie.

Sumona Kazi, une pharmacienne musulmane de 27 ans, affirme que l’atmosphère a quelque peu changé dans le quartier depuis ces assassinats. “Il y a eu des rackets et des filles portant le hijab ont été suivies dans la rue”, dit-elle. La jeune femme votera “sans hésitation” pour Hillary Clinton, dit-elle en dénonçant l’accumulation de propos inappropriés de Donald Trump au cours de la campagne.

Mais Sumona Kazi s’empresse de préciser qu’elle respectera de toutes façons le verdict des urnes : “si il est élu, je n’éprouverai pas de rancoeur envers lui, il sera mon président. De toutes façons, il ne pourra pas changer les choses en un claquement de doigts…”

 


Sumona Kazi et son frère vont voter “sans hésitation” pour Hillary Clinton.

 

A quelques mètres de là, Mohammed Uddin, un quadragénaire originaire du Bangladesh, se refuse lui à tout commentaire sur Donald Trump, qu’il dit “qualifié pour le poste” au même titre que Hillary Clinton. “Si Donald Trump est élu et qu’il y a un problème, je pourrai toujours retourner dans mon pays”, explique, dans un rire gêné, celui qui vit à New York depuis 1991.

“Tu verras quand tu seras déporté”

Pour beaucoup, les propos de l’homme d’affaire, qui a promis de déporter quelque 11 millions d’immigrants clandestins en cas de victoire, sont en effet sources d’inquiétude. Mais Misba Abdin, 47 ans, veut garder la tête froide. “Un président n’a pas vraiment les moyens de déporter des personnes, il y a beaucoup de malentendus sur cette question.”

Ce musulman qui oeuvre via une association à sensibiliser la population à la propreté dans l’espace public affirme par ailleurs ne pas sentir concerné par les discours anti-musulmans du candidat républicain. “Les attaques de Donald Trump envers les musulmans s’adressent aux radicaux et je partage son avis à leur égard”, argue-t-il, refusant de dévoiler le nom du candidat qu’il glissera dans l’urne.

 

“Je n’aime définitivement pas Trump, mais je n’aime pas Hillary Clinton non plus.” Misba Abdin, 47 ans.

“Tu votes pour Trump ! Tu verras quand tu seras déporté ! “, lui lance à ses côtés un ami démocrate auto-proclamé.

“Je n’aime définitivement pas Trump, mais je n’aime pas Hillary Clinton non plus, tempère Misba Abdin. Trump ne traite pas les gens de manière correcte. Les Etats-Unis sont une nation d’immigrants. Même Trump est un immigrant, bien qu’il soit né ici. Il dit lui-même que ce pays est la nation de l’homme libre, mais la liberté c’est pour tout le monde, y compris les immigrants.”

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