La piété ne se limite pas seulement à la multiplication ou à l’amélioration de nos actes d’adoration (la salat, le jeûne, l’aumône, la récitation du Coran …), elle doit aussi se manifester dans les rapports que nous entretenons avec ceux qui nous entourent.

En effet, une part très importante de l’enseignement révélé porte sur l’éthique à considérer dans les relations sociales, al mou’âcharât. Il est ainsi intéressant de noter par exemple que, alors que l’enseignement détaillé de la méthode d’accomplissement d’une obligation aussi fondamentale que la salât n’a été présenté dans aucun verset du Coran et a été exclusivement confié au Prophète Mohammed (), plusieurs versets coraniques de Sourate An-Noûr ont été révélés pour énoncer des règlements très précis concernant al isti’dhân, c’est-à-dire la demande de permission avant d’entrer chez autrui…

Malheureusement, il faut reconnaître que cette part de l’enseignement religieux est souvent méconnue et fortement minimisée, lorsqu’elle n’est pas carrément délaissée. Ce qui est d’autant plus dramatique que, dans l’environnement multiconfessionnel dans lequel nous vivons et où, pour beaucoup d’entre nous, nous sommes déjà coupables de ne pas vraiment agir pour faire connaître et promouvoir l’Islam,  notre mauvaise conduite peut avoir pour conséquence de provoquer chez ceux qui ne partagent pas notre foi de l’antipathie pour les musulmans et même une certaine aversion envers l’Islam…

C’est justement pour cette raison que nous avons choisi aujourd’hui de vous rappeler  un Hadith en rapport avec les règles d’al mou’âcharah et qui rappelle trois devoirs très importants que nous avons envers autrui.

Abdoullah Ibn ‘Oumar (Radhia Allahou Anhou) rapporte que le Messager d’Allah () gravit un jour son minbar et il tint d’une voix élevée les propos suivants :

Ô assemblée de ceux qui ont exprimé leur soumission verbalement et dont la [réalité ou la perfection de la] foi n’est pas encore parvenue au cœur, ne causez pas du tort aux musulmans, ne les humiliez pas [en leur reprochant des fautes passées] et ne restez pas à l’affût de leurs défauts, car celui qui reste à l’affût des défauts de son frère musulman, Allah restera à l’affût des siens. Et celui dont Allah est à l’affût de ses défaut, Il le déshonorera, même s’il se cache au cœur de sa maison.

Dans ce hadith, le Prophète Mohammed () met en garde sa communauté contre trois  actes très graves, qui sont :

L’interdiction de causer du tort aux musulmans.

L’interdiction de les humilier

L’interdiction de rester à l’affût de leurs défauts.

Yahya Ibn Mou’âdh Ar-Razi (Rahimahou Allah) avait l’habitude de dire :

“Que ton attitude envers le croyant consiste en trois choses : Si tu ne peux lui être utile, ne lui cause pas de tort. Si tu ne peux le rendre heureux, ne le rend pas triste. Si tu ne peux dire du bien de lui, ne dis pas du mal de lui.”

Un jour, Ibnou ‘Oumar (Radhia Allahou ‘Anhou) regarda Al-Ka’ba et dit :

“Tu es majestueux et ton inviolabilité est considérable. Et (pourtant) le musulman est plus inviolable que toi auprès d’Allah.”  (Hadith Hassan (bon) rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan)

Il est bien connu que l’un des points que le Prophète () rappela avec insistance à ses Compagnons (Radhia Allahou Anhoum) lors d’un des plus importants sermons qu’il prononça durant toute sa mission prophétique concernait le respect d’autrui.

Alors qu’il () se trouvait à Makkah en train d’accomplir le Pèlerinage d’Adieu en l’an 10 de l’Hégire, il (Salla allahou ‘Alaihi wa Sallam) s’adressa à ses Compagnons (Radhia Allahou Anhoum) et leur dit entre autres: “Vos personnes, vos biens et votre honneur sont sacrés entre vous comme est sacré ce jour-ci (il s’agissait du Sacrifice – jour de ‘îde oul adhâ), dans cette ville-ci durant mois-ci.”(Hadith authentique figurant dans la plupart des recueils de hadiths)

C’est cette inviolabilité du musulman que Ibnou ‘Oumar (Radhia Allahou Anhou) rappelait lorsque, en regardant Al-Ka’ba, il disait :

Tu es majestueux et ton inviolabilité est considérable. Et (pourtant) le musulman est plus inviolable que toi auprès d’Allah.

Et c’est en vertu de cette même inviolabilité de la personne humaine qu’il est strictement interdit de nuire à autrui (sauf dans les cas exceptionnels où, pour une raison justifiée, nos références l’autorisent), comme le faisait si pertinemment remarquer Foudhayl Ibnou ‘Iyâdh (Rahimahou Allah) :   “Il ne t’es pas permis de nuire à un chien ou même un porc, sans raison. Comment (pourrait-il) en être autrement envers la plus noble des créatures (al insân – l’être humain) ?”  (Siyar A’lam An- Noubalâ – Volume 8 / Page 427)

Faire du mal à un frère ou à une sœur est un péché majeur d’une gravité telle que sa transgression peut faire perdre au musulman le mérite de ses actes de dévotions ‘ibâdât… C’est ce qu’indique clairement le Hadith rapporté par Abou Houraïra (Radhia Allahou Anhou) qui relate qu’un homme questionna un jour le Prophète Mohammed (Salla allahou Alaihi wa Sallam) en ces termes :

“(Que penser d’) unetelle (qui) est réputée pour son grand nombre de salât, de jeûnes et de dons (surérogatoires), mais elle cause du tort à ses voisins par ses propos….”

Le Prophète  (Salla allahou Alaihi wa Sallam) répondit :

Elle est dans le Feu !” [Étant donné qu’elle s’efforce, d’un côté, d’accomplir ce qu’il est permis d’abandonner, tandis que, de l’autre côté, elle ne se gêne pas à faire ce qu’il est obligatoire de délaisser…] (…) (Sahîh Ibn Hibbân)

D’ailleurs, lorsqu’il (Salla allahou Alaihi wa Sallam) constatait un manquement de la part des Compagnons (Radhia Allahou Anhoum) à ce niveau, il (Salla allahou Alaihi wa Sallam) les reprenait sans attendre. Il est ainsi rapporté qu’un homme entra une fois dans la mosquée de Médine le jour du Vendredi et se mit à passer au dessus des épaules des gens déjà présents pour se rendre à l’avant de la mosquée ce qui, en soi, constitue un objectif noble. Pourtant, en le voyant agir de la sorte, le Messager d’Allah () l’interpella devant tous les Compagnons (Radhia Allahou Anhoum) et lui dit :

Assieds-toi, car tu as nui [ceux que tu as enjambé] !”  (Hadith authentique rapport par Abû Dâwûd)

A une autre occasion, le Prophète () demanda aux Compagnons (Radhia Allahou ‘Anhoum) d’éviter de s’asseoir dans les rues. Ces derniers lui firent alors remarquer que ces assemblées dans la rue étaient importantes pour eux. Le Prophète () leur dit :

“Etant donné que vous insistez pour maintenir ces assemblées, dans ce cas veillez à donner à la rue son droit.” Ils (Radhia Allahou Anhoum) demandèrent : “Et quel est le droit de la rue ?” Il () répondit :  La protection du regard (contre ce qu’il est interdit de regarder), l’abandon de ce qui nuit (d’une façon quelconque à autrui), la réponse au salâm, le commandement du bien et la condamnation du mal.”  (Boukhari)

Il faut savoir que, comme pour tous les manquements en rapport avec les droits d’autrui, la gravité de ce péché est amplifiée par le fait que, pour s’en faire pardonner, le seul repentir devant Allah ne suffit pas : la tawbah sincère nécessite également que l’on répare le tort causé et que l’on se fasse excuser par la personne qui a été lésée.

Par ailleurs, faire du mal à quelqu’un de façon injustifiée revient à lui offrir une arme létale contre nous… Le Prophète () disait à cet effet :

“Crains l’invocation de l’opprimé, car il n’y a aucun voile entre celle-ci et Allah.”  (Boukhari)

C’est-à-dire que l’invocation de l’opprimé est systématiquement entendue et acceptée d’une façon ou d’une autre, et ce, même si celui qui l’énonce est un pécheur.

Sinon, d’une façon plus générale, en sus de ne pas faire du mal à autrui, le musulman a également le devoir de s’abstenir de faire (de façon injustifiée)quoique ce soit qui puisse causer une gêne à ceux qui l’entourent. C’est ce qui ressort de très nombreux hadiths, dont les deux suivants :

Abdoullah Ibn ‘Oumar (Radhia Allahou Anhou) rapporte que le Messager d’Allah () leur a dit une fois :

Lorsque vous êtes à trois, alors que deux (d’entre vous) ne se mettent pas à parler en privé en laissant de côté leur compagnon, parce que cela (à pour conséquence) de l’attrister.” [leur attitude peut en effet lui faire penser qu’ils sont en train de dire du mal de lui].  (Mouslim)

Djâbir (Radhia Allahou Anhou) rapporte que le Prophète () a dit:

“Que celui qui a mangé de l’ail ou de l’oignon (non cuits) s’écarte de nous” ou il a dit “s’écarte de nos mosquées et qu’il reste assis chez lui.” (Boukhari)

Le Messager d’Allah () faisait lui-même très attention à ne pas incommoder ceux qu’ils côtoyaient. Abou Qatâdah (Radhia Allahou Anhou) rapporte par exemple de lui () les propos suivants :

“(Parfois,) j’initie la salât avec l’intention d’allonger celle-ci, puis, en entendant les pleurs d’un enfant, j’abrège ma prière afin de ne pas mettre sa mère dans la difficulté.”  (Sahih Boukhari)

Bien évidemment, ce respect d’autrui et cette bienveillance, le Prophète () ne la témoignait pas seulement en dehors de chez lui comme c’est malheureusement le cas pour nous très souvent : il () veillait également à ne pas causer de gêne aux gens de sa maison. Il est ainsi rapporté à son sujet que, lorsqu’il () entrait chez lui le soir, il () saluait d’une voix qui, tout en restant audible à ceux qui ne dormaient pas, ne réveillait pas ceux qui dormaient.

 

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