Etats-Unis: le Musée national de l’histoire afro-américaine ouvre ses portes

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Le Musée national de l’histoire afro-américaine ouvre au public ce samedi 24 septembre à Washington. Il aura fallu 13 ans pour arriver à cet évènement qui marque la fin du mandat de Barack Obama, le premier président afro-américain, dans un contexte de renouveau de la lutte pour les droits civiques, et contre les violences policières.

De notre correspondante à Washington,

« C’est un sentiment indescriptible, de la tristesse, de la joie, de la jubilation, un sentiment de triomphe. Mais plus que tout, c’est de la gratitude envers Dieu qui nous a amenés ici. Nous sommes des survivants, et nous sommes là », s’émeut Dona Owens, journaliste pour des revues afros-américaines. Invitée avant l’ouverture du musée, elle ne s’attendait pas à être submergée par l’émotion. Et c’est vrai, le voyage proposé est touchant. Une collection chronologique qui commence au 3e sous-sol. Les heures sombres de la traite des esclaves n’ont pas besoin de lumière. Une lumière du jour que nous n’atteindrons, c’est tout un symbole, qu’en arrivant à l’étage de la lutte pour les droits civiques.

L’architecte Tanzanien David Adjaye avait une idée précise en travaillant sur le projet. « Le travail des esclaves n’était pas seulement dans les fermes et les jardins. Les esclaves construisaient aussi des canaux, des routes. Ils étaient charpentiers, ingénieurs, ferronniers en n’ayant que leur talent pour travailler. Nous voulons rendre hommage à ces talents, parler du fait que les esclaves n’ont pas seulement ramassé le coton. Ils ont aussi participé à la construction de ce pays », estime-t-il.

100 000 donateurs pour le musée

Le musée n’avait pas de collection voilà 13 ans, et pas de fonds propres pour la constituer. Mais les donateurs sont déjà 100 000. Des trésors historiques ont été découverts. Une estrade sur laquelle on vendait les esclaves aux enchères, des lettres, des documents officiels et des objets personnels comme le châle et le livre de psaumes de l’icône des droits civiques Harriet Tubman.

« Les objets personnels sont importants, car ils humanisent l’histoire. Si vous regardez l’histoire de la traite des esclaves et pensez à une mère séparée de son enfant, au lieu de regarder cette histoire en voyant une mère noire séparée de son enfant noir, vous verrez une mère à qui l’on enlève son enfant. Tout le monde peut ressentir de l’empathie », explique l’historienne Marie Elliott.

Un pan important pour les droits civiques

La collection consacrée aux droits civiques est riche. Des films, des reliques, et même un comptoir de restaurant reconstitué comme à l’époque du docteur King lorsque les noirs étaient brutalisés parce qu’ils tentaient d’être servis dans un espace réservé aux blancs. Aujourd’hui aux Etats-Unis, le problème est la violence policière. Kinshasa Holman Conwill, directrice adjointe du musée, veut créer un débat.

« Que dites-vous d’un pays qui tue ses propres enfants ? Il faut se poser des questions sur l’histoire de l’Amérique. Qui sont les bons, qui sont les méchants ? Les choses ne sont pas aussi simples. Les gens sortiront de ce musée en se posant des questions et c’est ça la clef ! », se réjouit-elle.

La culture et le sport

Dans les étages supérieurs, la réussite afro-américaine dans le sport, l’industrie, la musique, le cinéma, est présentée sous tous ses aspects. Des centaines d’objets, de la trompette de Louis Amstrong au peignoir de Mohammed Ali, sont présents. Donna Owens a retrouvé le sourire. Il faut, dit-elle, éduquer les Américains.

« Notre peuple, malgré toutes les atrocités, s’est perpétué. Nos ancêtres ont survécu, ils ont prospéré. Les choses ne sont pas parfaites, il n’y a pas d’Etat parfait dans cette Union, même aujourd’hui. Mais notre peuple a apporté une contribution extraordinaire aux Etats-Unis. Nous sommes inextricablement liés à cette terre, et cette terre est en nous », conclut-elle.

Par RFI

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