Zika : la transmission sexuelle est plus importante que prévu

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L’épidémie de Zika est encore loin d’être achevée. Les 150 experts scientifiques qui avaient mis en garde contre les risques de contamination lors des Jeux de Rio peuvent certes se féliciter qu’aucun cas de transmission ne soit intervenu durant la quinzaine olympique, disputée pendant l’hiver austral. Mais l’épidémie s’étend. Depuis 2015, 70 pays ont signalé la présence du virus, dont 55 au stade épidémique et cinq où la transmission du virus est permanente. Surtout, douze pays ont rapporté une transmission interhumaine : jusqu’ici méconnue, la voie sexuelle paraît jouer un rôle qui n’est pas anecdotique.

Elle fait redouter une dissémination de l’infection à laquelle sont associées des atteintes neurologiques, notamment, en cas d’infection lors de la grossesse, une microcéphalie chez les nouveau-nés. Des chercheurs brésiliens et britanniques, qui ont publié le 15 septembre une étude confortant la responsabilité du virus Zika dans le nombre sans précédent de microcéphalies, en particulier dans l’Etat de Pernambouc, au Brésil, appellent à « se préparer à une épidémie mondiale de microcéphalies et d’autres manifestations congénitales du syndrome Zika ».

« Des preuves croissantes ont démontré que la transmission sexuelle du virus Zika est possible et plus répandue que ce que l’on estimait auparavant », indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le document du 6 septembre actualisant ses recommandations pour prévenir cette voie d’infection.

Test de détection du virus Zika sur un échantillon d’urine au département de santé de Floride à Miami Beach le 14 septembre 2016.

Douze pays concernés pour le moment

La première publication faisant état d’une transmission du virus Zika par le biais d’une relation sexuelle remonte à 2011. Un homme infecté lors d’un séjour dans le sud-est du Sénégal en 2008 avait infecté son épouse à son retour aux Etats-Unis. Depuis, douze pays ont notifié des cas de transmission sexuelle : Allemagne, Argentine, Canada, Chili, Espagne, Etats-Unis, France, Italie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pérou et Portugal.

Jusqu’en juin, les seuls cas de transmission sexuelle connus impliquaient des hommes présentant des symptômes de l’infection par le virus Zika. Mais ce constat a été battu en brèche avec la découverte en Bretagne d’un couple infecté possiblement par voie sexuelle, alors que le couple de retour de Martinique était asymptomatique. En juillet, un deuxième cas de transmission sexuelle par un homme asymptomatique a été signalé dans le Maryland.

Aux Etats-Unis toujours, les centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont eu la surprise en juillet de rapporter le premier cas d’une transmission sexuelle de la femme vers l’homme. La jeune femme avait éprouvé les premiers symptômes à l’aéroport dans une zone touchée par Zika, alors qu’elle attendait son avion pour les Etats-Unis. Le jour de son retour à New York, elle avait eu un unique rapport sexuel avec un homme qui n’avait pas quitté la ville et qui a développé des symptômes à son tour sept jours plus tard.

Attaque du système nerveux

Compte tenu de ces éléments, l’OMS a reformulé ses recommandations en matière de prévention. Dans les pays connaissant une transmission active du virus Zika, l’organisation rappelle l’importance d’informer la population de ce risque et de prodiguer des conseils sur les pratiques sexuelles protégées. L’OMS insiste aussi sur la nécessité de fournir des préservatifs et, pour les hommes et femmes sexuellement actifs, tout l’éventail des méthodes contraceptives, y compris la contraception d’urgence. « Les femmes enceintes devraient avoir des relations sexuelles protégées ou pratiquer l’abstinence pendant au moins toute la durée de la grossesse. Leur partenaire devrait également être informé de cette recommandation », souligne l’organisation.

Dans toutes les autres régions où il n’existe pas de transmission active du virus Zika, l’OMS recommande aux personnes revenant d’une zone où le virus sévit d’avoir des pratiques sexuelles protégées et de pas tenter d’entamer une grossesse pendant au moins les six mois suivant ce retour.

La gravité de l’infection est liée aux atteintes du système nerveux qu’elle peut provoquer. Chez l’adulte, elle peut entraîner un syndrome de Guillain-Barré, susceptible de prendre la forme d’une paralysie progressive à partir des jambes jusqu’au reste du corps, et pouvant toucher les muscles respiratoires. L’infection de la femme enceinte peut provoquer chez le fœtus une microcéphalie, avec une malformation du cerveau et de la boîte crânienne. Une étude publiée jeudi 15 septembre sur le site de la revue The Lancet Infectious Diseases confirme la relation de cause à effet entre l’infection de la femme enceinte et la survenue d’une microcéphalie.

1 900 cas de microcéphalie au Brésil

Jusqu’ici, les preuves d’une telle relation résultaient de travaux de modélisation ou de cas rapportés. L’étude a été menée au Brésil, pays où près de 1 900 cas de microcéphalie associée à une infection par le Zika ont été recensés, soit vingt fois plus que le nombre attendu. Dans cette étude toujours en cours, les chercheurs brésiliens comparent la fréquence de l’infection par Zika chez des nouveau-nés atteints de microcéphalie et dans un groupe deux fois plus nombreux d’enfants indemnes.

L’étude inclura au total 100 cas et 200 contrôles, mais Thalia Velho Barreto de Araujo et ses collègues en ont publié les résultats intermédiaires, sur 32 cas et 62 contrôles. 24 des 32 mères d’enfants microcéphales (80 %) étaient infectées par le virus Zika, contre 64 % des mères d’enfants servant de contrôles. Parmi les nouveau-nés, 41 % de ceux atteints de microcéphalie portaient le virus, contre aucun de ceux indemnes. « La microcéphalie résulte de l’infection congénitale par le virus Zika », concluent les chercheurs. Ils attendent les résultats complets pour évaluer les autres facteurs de risque potentiels et confirmer la force de l’association entre l’infection et la microcéphalie.

 

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