IB. ET ADA, DEUX JEUNES VICTIMES DE « MICROBES » BRISENT LE SILENCE

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Deux jeunes adolescents ont été victimes des microbes. Après avoir été bastonnés copieusement, ils ont été dépouillés de tout. Ils ont vaincu leur peur pour pouvoir témoigner pour l’histoire.

Bonjour, vous avez été victime des microbes quand et où exactement ?

C’était dans la nuit du 2 au 3 mars 2015 précisément entre 1h et 2h du matin.

Mais qu’est ce qui prouve que c’était des microbes ?

Quand ils sont arrivés, ils étaient tous des jeunes dont l’âge variait entre 15 et 25 ans et ils étaient tous armés de gourdins et de machettes et d’une arme à feu, qu’ ils ont utilisé pour me donner un coup sur la tête.

Que vous ont-ils dit à leur arrivée ?

A leur arrivée après avoir défoncé la porte au moins. Deux (2) d’entre eux ont crié ‘’braquage’’, et ils se sont tous jeté sur moi en me brutalisant. J’étais sur mon lit.

Donc ils ont forcé votre porte ?

Oui après avoir cassé la porte ils étaient près de six qui sont entrés dans ma chambre et les autres sont restés dehors pour jouer les éclaireurs. Ils échangeaient entre eux à haute voix et ils étaient disposés de sorte à se voir et faire signe au cas où ils voyaient quelqu’un.

Ne portaient-ils pas de masques ?

Non ils étaient tous à visage découverts.

Mais que vous ont-ils dit ?

Ils m’ont demandé de l’argent. Ils criaient ‘’sort l’argent’’ je leur aie expliqué que j’étais étudiant tout en leur montrant les documents. Ils ont tout jete. J’avais aussi un ordinateur qu’ils se sont empressés de prendre avec mon téléphone et après ils ont commencé à me battre.

Pourquoi ?

Ils prétextaient que je leur ai crié dessus.

Peux-tu les reconnaître ?

Ce sera vraiment difficile, car ils sont tous monté sur moi en même temps en me parlant et me battant simultanément. J’étais vraiment embrouillé, car ils me parlaient tous en même temps.

Peut-être que c’était une de leur méthode pour ne pas qu’on les reconnaisse ?

Je pense aussi. C’est tellement aller vite, avec aussi le sang qui coulait sur ma tête je n’arrivais pas à ouvrir mes yeux.

Cela a duré combien de temps ?

Entre 10 et 15 minutes, et ce n’était pas chez moi seulement ils ont défoncé presque toutes les portes. Quand ils sont arrivés je ne dormais pas, je venais de finir ma dernière prière et j’ai entendu un bruit à ma fenêtre je me suis approché et c’est là que j’ai aperçu un avec une machette et un deuxième dans la cours avec un gourdin et en éteignant la lumière de la chambre pour bien voire dehors, un groupe s’est rediriger vers ma porte.

Qu’est-ce qu’ils ont pris exactement dans la cour ?

Chez moi, ils ont pris mon laptop, mon téléphone portable, mon porte-monnaie contenant la somme de 20000 francs, une enveloppe contenant 50000 francs que je devais utiliser pour une transaction et ma montre. Mais lorsqu’ après nous avons fait le bilan dans la cour nous nous sommes aperçus qu’ils ne voulaient que les objets légers qu’ils pouvaient emporter rapidement tels que les cellulaires, les ordinateurs portables, les portes-monnaie, les montres et l’argent liquide.

Mais après votre cour sont-ils allés braquer ailleurs ?

Oui car après leur passage lorsque nous avons appelé la police, on nous a dit que quelqu’un avait annoncé leur position à Agbékoi et donc c’est après Agbékoi qu’ils sont arrivés chez nous. Et pendant qu’ils étaient chez nous ils ont dit qu’il y a quelqu’un qui avait signalé leur position vers SOS donc ils sont passés dans au moins trois lieux.

A quelle heure avez-vous appelé la police ?

Je peux dire dès qu’ils sont entrés car à leur arrivée nous avons un jeune frère qui a pu joindre la police pour leur signaler ce qui se passait. Les policiers ont dit qu’ils venaient et c’est près de 30 minutes plus tard après qu’ils sont arrivés sur les lieux de l’agression. Pourtant nous ne sommes pas loin d’un poste de police en l’occurrence le 15ème arrondissement.

Qu’est-ce que la police vous a demandé à son arrivée ?

A leur arrivée les policiers nous ont demandé de relater les faits. , Nous avons essayé de relater mais dans le feu de l’action certaines parties nous échappaient. Mais après l’opération des microbes j’ai été accompagné à l’hôpital pour soigner la blessure que j’ai eu au front, avec l’un de mes voisins qui lui était blessé à la nuque. Et au lever du jour nous nous sommes rendus au poste de police moi y compris pour faire ma déposition par ce que j’avais besoin de documents justificatifs au boulot.

Mais avant, aviez-vous déjà entendu parler des microbes ?

Oui bien sûre des années même avant qu’ils ne prennent cette forme que je qualifie de virus. A l’époque ils n’étaient pas armés ils venaient au nombre de cinq ou six pour agresser une personne tout juste pour prendre son portable. Et ils se faisaient passer pour des gens venus se venger en racontant aux gens qu’ils auraient un antécédent entre vous et que vous auriez frappé l’un des leurs et que vous vous connaissez. Les gens ne se mêlaient pas par ce qu’ils pensaient que c’était un règlement de compte entre anciens amis. C’est lorsque certaines personnes voulaient en savoir plus se rendaient compte que c’étaient des bandits. Il y a un jeune de ce quartier qui en a été victime en 2006. Donc depuis ce temps le phénomène existait. Mais aujourd’hui ils ont pris une autre forme, ils ont plus d’assurance et n’ont peur de rien même pas de la police quand ils agressent,

Mais pensez-vous qu’ils agissent sous l’effet de la drogue ?

Oui exactement, parce que ceux que j’ai vu chez moi étaient vraisemblablement sous l’effet de la drogue. Le plus jeune du groupe dont l’âge variait entre 15 et 16 ans, après que les autres soient passer est venu prendre mon porte-monnaie et en partant il m’a demandé si je voulais qu’il me tue ou qu’il me laisse. Quand il parlait je sentais qu’il était sous l’emprise de la drogue. Et leur chef leur a crié dessus pour qu’ils se retirent, car il estimait qu’ils avaient trop duré dans la cour et qu’il était temps de replier car le l’arrondissement de la police n’est pas loin.

Quelle a été votre réponse quand le jeune microbe vous a dit de choisir entre la vie et la mort?

Evidemment je lui ai dit de me laisser la vie sauve puis qu’il avait tout pris donc qu’il me laisse en vie.

Qu’elles sont les heures de leurs opérations ?

Il est impossible de définir avec exactitude leurs heures d’opérations.

Est-ce qu’ils agressent en plein jour ?

Oui ils sont aussi actifs entre 18h et 19h, tout comme quand il pleut et là encore quand il pleut ils agressent même les voitures, ils descendent les passagers, ils les dépouillent et les laissent partir. Je connais quelqu’un qui a été agressé un jour aux environs de 8h du matin dans un taxi sur le tronçon St François Xavier de la mairie au niveau de l’agence CIE non loin de la gare. Ils ont arrêté le taxi, ils l’ont encerclé et ils ont dépouillé tout le monde le chauffeur y compris. Les gens les voyaient mais ne pouvaient agir. Tout le monde est terrorisé et préfère se retrancher dans un coin quand il y a des évènements de ce genre.

Selon vous c’est du terrorisme ?

Oui c’est du terrorisme à l’échelle nationale si je peux le dire ainsi car si nous nous en tenons au propos des médias et même internationaux dont les spécialistes qualifient ces jeunes de cibles faciles. Ils  se disent frustrés par la société, par les différents régimes qui ne leurs donne pas de chance ou ne met pas en place le nécessaire pour leurs garantir un emploi. Certains parmi eux prétendent se révolter et braquer pour s’en sortir. Ces jeunes peuvent  donc être des proies faciles lorsque des gens viennent leur demander de faire leur sale besogne et leur promettent quelque chose plus conséquent que ce qu’ils gagnent dans les petits vols.

Pouvez-vous expliquer pourquoi ils attaquent entre 18h -19h ?

Ils opèrent à ces heures parce que ce sont des heures de prières et généralement les gens sont plus préoccupés à aller prier et donc ils profitent du manque d’attention. Mais la nuit comme ce fut notre cas ils viennent vers 1h et 2h du matin.

Quels sont les jours particuliers pendant lesquels ils agressent ?

Ils n’ont pas de jour fixes ils peuvent frapper tous les jours

Et pourquoi ?

Par ce que ça n’aboutit jamais. Nous avons plein de nos amis qui ont fait des dépositions mais cela reste sans suite.

Mais de quels quartiers viennent-ils pour la plupart ?

Chez nous précisément ceux qui nous fatiguent sont ceux du quartier appelé Colombie et ceux du quartier Warrior.

Qu’elles sont vos preuves pour affirmer qu’ils viennent de ces quartiers ?

La preuve que nous avons est que l’année dernière un ami a été attaqué par un microbe qui voulait lui prendre sa moto et qui avait assommé le jeune en question avec une pierre. Mais le jeune qui vraisemblablement étant mal en point s’est quand même relevé et en voulant se battre avec le jeune microbe qui avait déjà sorti un couteau lui a dit qu’il le reconnaissait et qu’il était du quartier Warrior, le microbe s’est alors enfuit. Plus tard lorsqu’il a relaté l’histoire au quartier, les jeunes avec qui ils parlait ont reconnu ce jeune et ont dit qu’il s’appelait Abéga il avait même une réputation en ce sens et qu’il était bien connu. Plus tard mon ami a déposé une plainte et quelques jours après il a agressé d’autres personnes du quartier de mon ami qui sont aussi aller poser plainte des jours après ils ont réussi à le localiser dans une salle de jeux vidéo. Mon ami étant convalescent et donc qui ne partait pas encore au boulot est aller prévenir la force du CCDO présents au camps commando qui ont envoyé un éclaireur, quelqu’un qui le connaissait très bien. C’est comme ça qu’il l’on arrêté puis ils l’on déféré. Il a passé des mois en prison et récemment il a été gracié et donc il est maintenant dehors. Généralement après les agression la direction qu’ils prennent permet de savoir le quartier d’où ils viennent.

Quel est le quartier qui est chaud ?

Plus près de nous, nous avons SOS, le quartier Marley, derrière rails tous ces quartiers ont leurs petits voyous mais qui n’opèrent pas ici. Ils ont des secteurs dans lesquels ils sont habilité à voler.

Donc si je comprends bien, les microbes qui viennent chez vous ici sont des quartiers Colombie et Warrior ?

Oui

Votre quartier constitue donc leur marché ?

C’est exactement cela.

N’avez-vous pas des microbes dans votre quartier qui pourraient empêcher les autres de venir ici ?

Non dans notre quartier nous n’en avons pas et c’est la raison pour laquelle ils disent que chez nous il n’y a pas de garçon. Mais eux qui se disent garçons viennent toujours en grand nombre pour nous attaquer, c’est plutôt ridicule. Je trouve ça lâche.

Est-ce que les habitants du quartier se sont une fois réunis pour adopter une stratégie de lutte contre les microbes ?

Oui nous avons déjà eu à faire des réunions nous avons même partagé des sifflets de sorte à alerter les autres au cas où nous subissons une attaque mais ces stratégies n’ont pas vraiment bien fonctionné car leur stratégie d’attaque est vraiment inopinée ils attaquent comme les terroristes. Ils peuvent frapper à tout moment et on n’est jamais suffisamment prêt pour les accueillir. Ils surgissent toujours au moment où on s’attend le moins à eux. Ils attaquent après la prière, pendant la prière et au moment où les gens dorment.

Pour vous quelle est la solution ?

Pour nous, la police doit redoubler d’effort véritablement, intensifier les patrouilles afin d’essayer de venir à bout de ces microbes. Il fut un moment où nous nous sommes beaucoup plein et avons même menacé de se défendre nous-même, vu notre détermination, la police nous a recommandé d’éviter les groupes d’autodéfense pour ne pas qu’ils les confondent avec les groupes des délinquants. En ce moment, ils ont donc multiplié les patrouilles, et les CCDO ne manquaient pas au quartier ainsi que les cargos des gendarmes ce qui a contribué à la baisse des attaques.

Certaines personnes pensent que la présence des dozos peut résoudre le problème, quel est votre avis ?

Peut-être une équipe de dozos sinon deux ou trois ne ferons pas l’affaire. Ils viennent en groupe, il faut également une équipe pour pouvoir les combattre. Il n’y a pas longtemps ils ont ligoté un gardien après avoir pillé le magasin qu’il surveillait. Ils agissent pour la plupart avec haine et jalousie. Car après notre agression c’est ce gardien qui avait donné le nombre approximatif des microbes. Ils ont surement eu écho de tout cela donc ils sont revenus pour le tabasser le ligoter. Généralement lorsqu’ils trouvent un gardien seul ils s’en prennent à lui en lui lançant des propos injurieux et avec arrogance. Pour notre sécurité nous souhaitons vraiment des patrouilles accentuées et même si nous pouvons avoir une patrouille de CCDO qui vient garder leur cargo aux environs de 18h jusqu’au lendemain ça va nous faire un grand bien et cela contribuerait à la sécurisation de toute cette zone jusqu’au 15ème arrondissement. Notre véritable souci est que nous sommes par moment confrontés à certaines scènes mais la police met du temps pour réagir. Ce fut le cas pour un affrontement que nous avons eu avec les microbes dans les débuts de cette histoire où les habitants de notre quartier avaient réussi à isoler des microbes avec lesquels nous avons échangé des jets de pierres. Pour tout le temps que cela nous a pris, nous avons appelé la police qui reconnaissait trois plaintes sur le même secteur elle a mis plus d’une heure avant de venir sur les lieux et donc largement en retard. Ce que nous n’arrivons pas à cerner, c’est la lenteur des agents de sécurité pourtant nous sommes encerclés de plusieurs camps tels que le camps commando, la gendarmerie, le 15ème arrondissement de la police qui est sur le territoire du quartier et même le 14ème qui est à quelques rues d’ici.

Est-ce qu’ils existaient pendant la crise ?

Oui il y avait des microbes mais comme nous le disions tantôt c’est récemment qu’ils ont pris cette nouvelle forme. Avant la crise c’était des microbes par ce qu’ils n’étaient pas armés mais après la crise ils sont passé au stade de virus. la menace est généralisée. Même les écoles ne sont pas à l’abri

Comment ça?

Au tout début de l’année ils ont égorgé le gardien du lycée et même au sein du lycée ils agressent les gens à tel enseigne qu’il y a des lieux ou le élèves ne s’aventurent pas. Ils avaient dans le temps un fumoir dans le fond du lycée après le terrain de football qui a été démantelé mais vu que le lycée se trouve dans ces quartiers donc, ils grimpent facilement la clôture et y font ce qu’ils veulent dans ces lieux très retranché des salles de classes. Souvent dans ces quartiers on trouve des microbes de moins de dix ans. J’ai moi-même vu un jour dans la nuit l’un de ces groupes dont le plus âgé n’avait peut-être que 12 ans et selon eux ils allaient faire ce qu’ils appellent ‘’gnaga de groupe’’, c’est à dire ils vont provoquer des enfants de d’autres quartiers et ils s’affrontent et si vous avez la malchance d’être dans ces lieux à ce moment précis ils vous dépouillent par ce qu’ils sont en grand nombre. Ils ont même inventé où réinventer un jeu d’enfance qui consiste à stimuler une course poursuite dans laquelle l’un d’eux joue le rôle du voleur et les autres font semblant de le poursuivre et si vous tombez dans leur jeu en le poursuivant aussi arrivé devant, ils se retournent contre vous et vous dépouille.

Mais est ce qu’il y a des femmes avec eux ?

Oui par moments il y a des femmes qui les accompagnent et elles jouent le rôle de complices c’est-à-dire des relais lorsque les garçons volent ce sont elles qui récupèrent. Il y avait une ici même qui a chaque fois que les

Ont-ils des chants particuliers ou des cris de guerre lorsqu’ils se déplacent? 

Non ils sont silencieux, et procèdent plutôt par surprise ce qui nous alerte souvent c’est lorsque nous voyons des jeunes garçons en grand nombre, on se dit automatiquement que ce sont eux et chacun commence à prendre ses dispositions. Quel est l’impact des microbes sur les activités économiques à Abobo ?

En effet il y a un impact très négatif. Pour nous par exemple qui sortons très tôt le matin pour aller travailler, nous sommes parfois contraints de refuser certain contrat qui pourraient nous amener à rentrer tard le soir parce qu’il y a un réel risque d’agression à ces heures. Quant au volet économique, il faut dire que les gens n’arrivent pas vraiment à effectuer leurs activités comme il se doit parce qu’à tout moment il peut y avoir un cafouillage, et dans ces conditions ils sont souvent victimes de vols. Tout ceci fait qu’il est devenu difficile de sortir d’Abobo parce que même les gens des autres communes ont peur de nous.

Pourquoi?

Quelqu’un m’a raconté une scène qui s’est déroulée à Cocody, où des enfants de moins de 10 ans représentant la commune d’Abobo se sont rendus pour une activité culturelle. Dès qu’ils se sont présentés, ils ont été tout de suite mis à l’écart. Et l’un d’entre eux, choqué, a dut prendre la parole afin de rappeler aux uns et aux autres que nous sommes tous égaux et qu’il n’y a pas de raison à les traiter de la sorte.

Maintenant que la police depuis quelques temps est déployée à Abobo, quel est votre sentiment ?

On peut dire qu’avec les rafles qu’ils ont effectués ces derniers temps il prévaut un calme relatif.

Pourquoi dites-vous relatif ?

Oui parce que ce n’est pas la première fois. Ils lancent ces opérations pendant un moment mais après les mêmes situations se répètent.

Sur quels critères les gens se font embarquer ?

Je pense qu’il n’y a pas de critères. Officiellement, ce serait l’habillement notamment si vous êtes en jeans avec des « lêkês » aux pieds on peut vous arrêter et après investigations si vous n’avez pas d’antécédents, vous êtes relâchés.

Mais pourquoi le jeans et les « lêkês » ?

C’est généralement l’accoutrement des microbes. Il faut dire aussi que ces opérations de rafles font que les jeunes rentrent très tôt chez eux. D’où le calme relatif.

Comment s’organisent les habitants ?

Au niveau des habitants il faut dire que c’est l’auto-défense surtout mais la police nous l’a interdit alors nous réfléchissons actuellement afin de trouver une formule d’action commune pour lutter contre ce phénomène.

Où se trouvent les microbes ?

Dans les quartiers d’où ils viennent : Marley, Colombie, Wô, derrière rails, Aboulawahio… Etant donné que ce sont des voyous, ils estiment être les garçons. Et il faut dire aussi qu’ils ne chassent pas sur le territoire de l’autre. Ils se respectent.

Donc à Abobo il y a des quartiers où les gens ne sont pas menacés ?

Effectivement. Ce sont les quartiers d’où viennent les microbes. Sauf en cas de règlements de compte.

Et il y a des quartiers qui sont des terrains de chasse ?

Oui c’est ça.

Quel est le quartier le plus dangereux à Abobo ?

Actuellement le plus grand respect est donné à derrière rails et Marley. En fait les choses évoluent par périodes parce que dans chacun de ces quartiers il y a toujours eu un caïd. Lorsque ce dernier est arrêté, s’il n’y a pas de relève, la réputation de son secteur tend à mourir ; pendant ce temps, un autre caïd émerge d’un autre secteur et ainsi de suite.

Il y a une réelle psychose à Abobo alors ?

Oui. C’est la raison pour laquelle il est difficile d’aborder ce sujet ici parce qu’ils inspectent les quartiers, ils remarquent les gens qui en parlent et après ils reviennent les agresser. Il y a quelques temps, un groupe de microbes était aux trousses d’un jeune du quartier parce qu’ils ont entendu dire qu’il parlait beaucoup d’eux dans son « grin » de thé. Finalement le jeune homme à dut s’enfuir.

Il paraît que même les religieux ont peur d’eux…

C’est vrai. Puisque dans leurs prêches par moments ils parlent d’eux alors ils se font menacer. On peut citer l’exemple de l’Imam Yaya Traoré de la Mosquée Petro-ivoire qui a reçu des menaces après son sermon contre eux.

Un autre inconvénient du système d’auto-défense est que si au cours d’un affrontement vous réussissez à blesser ou à tuer un microbe, ils reviennent mais cette fois-ci plus nombreux.

La police vous dit de ne pas pratiquer l’auto-défense, quand vous le faites les microbes reviennent frapper plus fort, alors vous êtes sans défense ?

Tout à fait, c’est ce qui fait même que les gens rentrent tôt chez eux les soirs.

Comment pouvez-vous expliquer le fait que les deux caïds qui ont été tués récemment soient des élèves ?

Il faut dire qu’il y a deux groupes. Les tous petits et les grands. Ceux qui ont été tués dernièrement appartenaient au groupe des tous petits, des élèves débutant à peine le second cycle. C’est la génération montante en fait, sinon les vrais caïds sont là. Ils vont en prison et reviennent.

On parle aussi d’un lien entre la FESCI et certains microbes. Est-ce vrai ?

Effectivement oui. Ceux qui allaient à l’école menaient des exactions sous la bannière de la FESCI et lorsqu’on les a renvoyés, ils sont devenus microbes à plein temps.

Est-ce que vous avez la preuve que des caïds des microbes étaient membres de la FESCI ?

Parler de preuve, c’est trop dire mais en son temps ils agissaient au nom de la FESCI. Quand ils étaient à l’école, ils agressaient les autres élèves et souvent les professeurs sous prétexte qu’on les avait insultés, etc. on ne peut pas réellement dire s’ils étaient éléments de la FESCI ou de simples voyous, mais en ce moment la FESCI représentait le mouvement responsable de la violence chez les jeunes. La FESCI avait très souvent recours à ces voyous pour des règlements de compte.

Donc on peut dire qu’il y a un lien entre la FESCI et la naissance des microbes ?

A Abobo en tout cas il y a un lien. Tous ceux qui étaient violents au sein de la FESCI venaient de quartiers comme ici ; alors si on les touche ils font appel à leurs camarades pour qu’ils s’en chargent à leur place.

D’après vous la solution serait les rafles ?

Surtout la présence de la police en permanence. Je pense qu’on peut effectuer des rafles à partir d’une certaine heure du soir pour les jeunes. On les interpelle et après vérification de leurs pièces d’identité au poste de police, s’ils peuvent justifier leur présence dehors à cette heure on peut les relâcher le lendemain matin.

Vous avez parlé de certains quartiers : Colombie, Marley… Y a-t-il des commissariats dans ces secteurs ?

Dans la plupart de ces quartiers il n’y a pas de commissariat. Il n’y a que le 21e arrondissement qui se trouve au beau milieu de derrière rails mais en période de dérapages ce commissariat est assiégé à tel point que pour ironiser on raconte que ce sont les voyous qui font la loi sur la police là-bas. Le Wô aussi n’est pas loin de la gendarmerie d’Abobo. Le vrai problème est qu’ils sont nombreux et ils opèrent ensemble.

Quels sont les noms les plus célèbres ?

Pythagore et Lamté sont morts il y a quelques jours mais il y a encore Okis, Abega, Abougô… ces derniers sont des frères. On a entendu dire qu’Abega a été arrêté à la suite des évènements du mardi dernier mais bon ce sont des individus qui ont des mentors qui les font sortir peu de temps après.

Ils ont des mentors ?

Oui. J’ai un ami qui en venant me voir un jour s’est fait agressé sur sa moto. Il a reçu une pierre en plein visage lui faisant perdre même quelques dents mais il a pu garder en mémoire l’image de son agresseur. Quelques jours après ce dernier a été arrêté et conduit à la gendarmerie où l’un de ses mentors a tenté de négocier un arrangement avec mon ami afin qu’il retire sa plainte, chose qu’il a refusé. L’agresseur a été condamné à 5 ans de prison et déféré à la MACA mais à la faveur d’une grâce présidentielle il n’a purgé qu’un an et est de nouveau en liberté.

Pensez-vous qu’il y a un lien entre les « gnamoros » et les microbes ?

Je ne pense pas personnellement mais des personnes croient qu’il y a un lien. En tout état de cause l’un des gros problèmes à Abobo est le syndicalisme, parce qu’en général les microbes sont leurs protégés. Et deuxièmement, les fumoirs. Il y a trop de fumoirs à Abobo et les jeunes en vendent et peuvent en consommer dans ces endroits. Un autre fait marquant nous montre que lorsque les corps habillés détruisent un fumoir le matin, le soir de la même journée le fumoir est reconstruit et pire encore l’individu prit sur les lieux est libéré deux heures plus tard grâce au règlement de la caution par un chef.

Qu’es ce qui pourrait lier les microbes aux « gnamoros ».?

J’ai un grand frère chauffeur de gbaka qui m’a raconté que souvent des jeunes peuvent venir le voir pour être apprenti. A la descente ils peuvent gagner entre cinq et dix mille. Mais si au bout de deux jours ils n’ont pas de nouveau contrat le soir ils changent de métier et deviennent des voyous.

Donc les chefs microbes peuvent être reconnus ?

Bien sûr. Cela arrive très souvent. Par ailleurs, si vous vous faites agresser dans un endroit d’Abobo et que vous connaissez l’un des chefs microbes des environs, vous pouvez lui faire appel. Si c’est de l’argent qu’on vous a pris, alors cet argent est perdu, mais si c’est du matériel, il est possible qu’on vous le restitue. Ils ne se cachent même pas.

Par Islam Info

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