Le carrefour de la mort ! Comment et pourquoi l’incident s’est produit ? (1)

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Comment et pourquoi l’incident s’est produit ?

Le jeudi 24 septembre 2015, entre 8h et 9h GMT près de 4 millions de musulmans convergent vers l’étroite vallée de MINA et de la grande mosquée de la Mecque. Les rues sont bondées de monde et de véhicules. Les pèlerins qui viennent d’être consacrés la veille  El Hadj et Hadja, malgré la fatigue se préparent à fêter leur victoire : car au prix de mille sacrifices personnels, et de leurs parents ils ont accompli le pèlerinage de leur vie, pour la plupart. Beaucoup ont déjà appelé au pays pour dire que tout se passe bien et que bientôt ils rentreront au pays. Mais la veille un vétéran s’était confié à notre rédaction en ces termes : ²le soir d’ARAFAT est la nuit la plus longue et le jour de tabaski est le jour le plus long dans le pèlerinage. Durant ces 24 Heures tout peut arriver au moment de la lapidation du Grand SATAN.²

Effectivement, toutes les catastrophes du pèlerinage ont eu lieu en général ces deux jours, et en particulier sur le lieu de la lapidation. C’est pourquoi le gouvernement Saoudien a déployé tous les moyens pour construire les infrastructures autour des lieux de lapidation de Satan. Ainsi, depuis quelques années, on n’enregistre pratiquement plus de morts à cette place mythique. L’infrastructure de la lapidation est à plusieurs niveaux, et les allées qui y conduisent sont à sens unique pour ceux qui vont lapider, et pour ceux qui en reviennent. Car l’origine des catastrophes était du chaque fois à la rencontre entre ceux qui vont procéder à la lapidation et ceux qui en reviennent. Et tout est mis en place pour intervenir rapidement en cas de débordement à cet endroit précis. Or cette année, ce jeudi noir du 24 septembre, les choses vont se passer ailleurs, loin du lieu de lapidation, et loin du dispositif principal d’intervention et entre plusieurs zones d’habitation. D’où l’ampleur de la catastrophe.

Il faut rappeler que les rites réels du pèlerinage se déroulent en cinq jours exactement. Cette année le Hadj s’est déroulé du 23 au 28 Septembre 2015. Le 23 était le jour d’ARAFAT et le 24 le jour de la TABASKI. Aussi, du 23 au 25, 4 millions de personnes vont faire le trajet MECQUE, MINA, ARAFAT, MOUZDALIFA, MINA, MECQUE et  MINA encore pour y passer trois jours. Ainsi pendant près de 72 Heures les pèlerins ne dormiront qu’à peine deux ou trois heures. C’est dans ces conditions que les encadreurs vont conseiller aux pèlerins qu’après ARAFAT, ils ont le choix entre aller directement sous les tentes à Mina pour se reposer ou aller  à La MECQUE pour le faire la TAWAF, ou aller directement procéder à la lapidation du grand Satan, avec tous les risques que cela comporte pour les personnes âgées, malades, ou fragiles. Et le groupe de pèlerins ivoiriens qui décide d’aller procéder à la lapidation du grand  Satan ce jeudi 24 septembre après la prière matinale de Fadjr est composé d’Hommes et de Femmes, aussi bien enrôlés par les organisateurs privés que par l’Etat.

La veille ils ont été informés que le contingent ivoirien fort de 5600 pèlerins est convoqué pour être prêt pour la lapidation du Grand Satan pour les jours après la TABASKI entre 8 et 9heures selon les directives saoudiennes. Et les encadreurs savent aussi que la rue à emprunter est la rue N°204, qui débouche directement sur le lieu de lapidation. La rue 204 est une voie très longue qui longe des milliers de tentes habitées par les pèlerins. Donc la plupart des pèlerins vont converger vers cette voie par des rues adjacentes dont la fameuse rue 223 qui se termine sur la voie principale N°204. Les tentes des ivoiriens sont dressées à proximité  de la mosquée dite mosquée Koweït. En ce jeudi 24 septembre 2015, pour le premier jour de la lapidation, la plupart des pèlerins y vont librement en groupe ou individuellement, car ils sont partis tous de ARAFAT avec plusieurs options offertes à eux. Ainsi la poignée des pèlerins ivoiriens qui décide d’aller ce jour, et à cette heure, à la lapidation va rencontrer la mort à l’intersection entre la voie 204 et la rue 203, loin de l’esplanade qui abrite désormais le complexe de la lapidation. Selon toute vraisemblance voici le chemin et les étapes vers le destin fatidique de nos concitoyens.

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Les grandes voies piétonnes que les pèlerins empruntent pour aller à la Lapidation

Que s’est-il passé à l’intersection des voies 204 et 223 ?

Selon tout vraisemblance les ivoiriens vont se diviser en trois groupes :

Un premier groupe, le gros lot de la troupe rentre directement sous les tentes à Mina. Un autre groupe va directement à la Mecque tandis que le troisième va directement sur le lieu de la lapidation. Parmi ces groupes un nombre a réussi à atteindre l’esplanade de la lapidation entre 8h et 9h locale après une marche à pied depuis Mouzdalifa de 1 heure à 2 heures. Ceux-ci procèdent à la lapidation du grand Satan et se dirigent directement à la Mecque sans encombre sans savoir le drame qui se produit derrière eux au niveau de leurs frères et sœurs qui, au même  moment tombent dans le piège de l’intersection des rues 204 et 223.  Où selon plusieurs sources concordantes des pèlerins rencontrent un cordon de sécurité apparemment non prévu et avec les conséquences suivantes : les premiers rangs subissent la pression du flot de personnes qui continuent  à arriver sans savoir qu’il y a un blocage à l’avant. Il fait chaud et très chaud. Depuis trois jours ils portent les mêmes habits. Ils ont soif et faim, dans une rue étroite de moins de 14 mètres. Ceux qui ressentent les besoins naturels ne peuvent le faire. Car de part et d’autre dans la rue il y a des tentes hermétiquement fermées. L’oxygène se raréfie, on respire la poussière et la sueur des uns et des autres.

Ils n’ont aucune information de ce qui se passe. Ils sont englués ensemble, sans pouvoir communiquer entre eux. Il y a du tout, les blancs, les noirs, les femmes, les jeunes, les vieilles personnes et même des handicapés. Que faire ?

Si au départ on pensait à aller lapider SATAN, maintenant on pense à comment sortir de ce guêpier… La peur, l’inquiétude s’installe dans les premiers rangs.

Alors dans un instinct de survie on tente de fuir la pression de la foule en se frayant probablement un chemin d’abord vers les côtés déjà pleins de monde. Là, on n’a pas le choix que de forcer quand on peut sinon c’est le péril, et le sauve qui peut. Selon tous les experts du contrôle des flux dans les foules, c’est le scénario le plus probable et inévitable tant qu’il n’y a pas une coordination extrêmement poussée tout le long du parcours.

La foule est alors livrée à elle-même. Ceux qui ne sont pas venus en groupe ont plus de marge manœuvre pour se libérer de l’emprise de la foule et se faufiler. Dans ce registre les femmes sont plus à l’aise quand elles ne sont pas en groupe car contrairement aux hommes habillés en IHRAM, elles peuvent se mouvoir à l’aise. Or malheureusement, elles sont généralement en groupe et très solidaires. Dès que quelqu’un tombe, elles tentent de la ranimer, et la transporter. Malheureusement dans ce cas de figure, elles deviennent un obstacle, que les gens paniqués tentent de franchir par tous les moyens en bousculant, en poussant, ou en piétinant même. Pour les hommes, la difficulté principale est la tenue de sacralisation qu’ils portent ; deux pagnes blancs noués autour du corps (pieds et buste). Comme ils ne sont pas habitués à attacher des pagnes, alors en cas de bousculade généralisée ils ont du mal à se mouvoir, surtout quand ils sont en groupe. Ils se battent à la fois pour survivre, mais aussi pour maintenir le pagne attaché sinon ils vont se retrouver nus totalement. En outre, dans la course aussi ils peuvent piétiner les pagnes qu’ils portent et se retrouver à terre. L’autre difficulté majeure est commune aux hommes et aux femmes tous pays confondus. C’est la méconnaissance des lieux et leur unicité totale tant en couleur qu’en forme. Ici il y a plus de 150 000 tentes toutes blanches,  dressées. Les pèlerins se retrouvent ainsi perdus, sans repère et sans guides.

Dans une telle bousculade meurtrière, on perd tout : chaussures, sacs, parapluies, portables… Ainsi, le pèlerin survivant qui ne parle pas la langue du pays va errer des heures durant, affamés, assoiffés s’il n’a pas la présence d’esprit de forcer une porte pour s’y abriter en attendant de retrouver ses esprits. S’il est sous médicament, le risque est grand pour lui de faire un malaise à tout instant dans un environnement, qui même médicalisé ne sait rien des antécédents médicaux de la personne. Tout peut donc arriver dès cet instant.

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Les premiers corps

Certes l’endroit où la bousculade s’est produite n’était pas loin d’un poste de sapeurs-pompiers et d’un Hôpital. Mais pour avoir accès aux accidentés, c’était très très compliqué , car le dispositif adéquat était déployé en aval sur l’esplanade de la lapidation. Généralement, c’est là-bas que les bousculades se produisent. Mais depuis quelques années, les nouvelles infrastructures construites ont permis de maîtriser le flux des personnes. On pensait que c’était fini les bousculades et les morts… Hélas.

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Le cordon de sécurité sanitaire

Ainsi, la bousculade a eu lieu à plus d’1 Km de l’endroit où était déployé tout l’arsenal de gestion des bousculades. C’était presque imprévisible et incontrôlable rapidement. D’où le nombre important de victimes. Mais pourquoi tant de victime parmi les pèlerins ivoiriens? Trois explications possibles :

  1. IMPOSSIBILITE DE REGROUPEMENT LE JOUR DE LA TABASKI

Le premier jour de la lapidation il est impossible de regrouper les pèlerins car ils sont en mouvement soit de Mouzdalifa, soit à la Mecque, soit sous les tentes  à Mina, soit sur les voies qui vont à la lapidation. Il était habituellement conseillé aux pèlerins de différer leurs temps de passage vers l’après-midi ou la nuit. Mais le matin de la Tabaski, il y a toujours une ruée vers l’esplanade de la lapidation aussi bien pour des raisons théologiques que pour des raisons logistiques, car certaines écoles théologiques conseillent de le faire tôt effectivement.

Et c’est ce que certains de nos compatriotes ont tenté et réussi, tandis que d’autre hélas ne l’ont pas réussi.  Car c’est l’épreuve la plus terrible et la plus terrifiante à chaque pèlerinage; la nuit d’ARAFAT, et le jour de Tabaski.

  1. L’ARRIVEE EN GROUPE

Ceux qui ont pris la décision d’aller d’abord à la lapidation ce matin le matin du jeudi 24 septembre 2015, sont partis en groupe compact. Quand la bousculade a eu lieu, les groupes ont éclaté après avoir été pris dans les tourbillons humains. Dans ce cas de figure le pèlerin au lieu de s’enfuir cherche à retrouver ses compagnons or il faut plutôt chercher un abri. Et la rencontre ainsi avec des groupes de personnes en mouvement contraire et violent peut être fatale car c’est le sauve qui peut.

  1. L’ESPRIT DE SOLIDARITE

Quand les premiers ivoiriens sont tombés, les autres ont tenté de les sauver sans tenir compte  de l’environnement dans lequel ils devraient opérer. Pouvait-il en être autrement?

Voir un frère, un ami, une connaissance en détresse et s’enfuir? C’était impensable et malheureusement c’était fatal aussi dans de telles circonstances. Car dès que vous vous abaissez dans la foule en mouvement pour sauver quelqu’un tombé par terre, vous êtes en équilibre précaire. Et à la moindre secousse, vous tombez aussi comme celui que vous tentez de sauver. D’autant plus facilement que depuis trois jours et trois nuits vous êtes sur pied, fatigué et affaibli.

Enfin beaucoup d’informations ont envahi les réseaux sociaux notamment les raisons pour lesquelles il y avait un barrage de sécurité qui aurait constitué le blocage et le déclenchement de la bousculade généralisée. Certes il est important de savoir pourquoi ce fameux barrage de sécurité était là. Mais en attendant la vérité, on peut au moins dire que ce Jeudi 24 septembre 2015, au petit matin, avant le lever complet du soleil sur Mina, des musulmans ivoiriens, et ivoiriennes sont tombés, avec d’autres musulmans venus du monde entier, habillés dans leur tenue sacrée d’IHRAM comme chacun d’entre nous le sera le jour du jugement dernier. Ces femmes et ces hommes ont donc accompli et terminé leur mission sur les terres les plus saintes de l’Islam. Qu’ils reposent en paix. Que leurs sacrifices inspirent les vivants pour pourvoir organiser le pèlerinage dans des conditions moins dramatiques.

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La catastrophe…on cherche les parents, les amis tombés ou disparus

 

4 COMMENTAIRES

  1. Ina lillah wa ina iléïhi Radji’oun!
    Que l’âme d tous nos mort repose en paix.

    Je pense qu’une voie de 14 mettre de large est très restreinte pour une foule aussi nombreuse. Voyant l’image de ces voies, je pense qu’elle peuvent être élargie.

  2. reposez en paix tres chers pelerins rappeles.et que les survivants et leur accueillants soient un peu discret ceci pour tenir compte de la memoire des disparus et la tristesse de leur famille

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